Un Syrien

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Quelqu’un a des nouvelles ?

Non, biensûr que non. Pas plus que moi, en fait.

Oui mais…

Avoir peur. Et si… ?

Au début de l’OP Syria, on avait un Syrien qui venait souvent, quasi tous les jours en fait. Très actif dans sa révolution, un jour en manifestation, un autre connecté pour apprendre à se protéger.

Il gravait des CD pour ses amis, leur permettant d’installer quelque logiciel permettant de communiquer de manière plus safe. Il passait ses examens, Homs s’embrasait, Alep n’étant pas la fournaise qu’elle est aujourd’hui.

Ses parents ont quitté la ville. Lui a décidé de rester. Continuer sa révolution, coûte que coûte. J’imagine ses parents, au moment de le laisser dans un pays en guerre civile. J’imagine sa mère, partant se mettre à l’abri sans son fils. La route, les bruits de tirs, et lui là bas.

Ce garçon avait tout compris depuis le début. Un pseudo, pas d’information personnelles, un gars pas bête, qui s’abandonnait parfois le soir parce qu’il « ne comprenait pas les filles. » Alors il me racontait son histoire avec sa petite chérie qui vivait dans une autre ville. Alors c’était difficile. Alors elle le quittait, alors il était triste… Jusqu’au jour où ils se remettaient ensemble, jusqu’à la séparation suivante.

Des post-ados amoureux au milieu d’une guerre. La vie, les sourires, les bons moments auxquels on repense, malgré le bordel autour. Juste des trucs normaux au pays de mukhabarats. Il était plein de belles pensées, de grand principes et de poésie. Il me racontait tout ça au hasard d’un papotage en privé. Il m’arrivait aussi de m’épancher parfois, demander conseil…

On parlait politique. Moyen-Orient. Il comprenait qu’une intervention occidentale n’aurait comme répercussion qu’une guerre qui s’étendrait à toute la zone. On partageait ce point de vue.

Et puis il est venu de moins en moins. Il faisait sa révolution. Il avait même ouvert un blog où il racontait son premier jour avec des gars de l’ASL, les premiers gros sursauts d’Alep, son passage de jeune manifestant pour ses droits à celui de ce gars, pris dans la machine, fermement décidé à se battre mais un peu dépassé par ce qu’il se passait autour.

Il voulait écrire un livre, de la poésie peut-être. Ou un roman. Ou de la politique. Ou un livre en anglais. Et peut-être, un jour, il serait journaliste.

Il venait nous parler de moins en moins. Il envoyait quelques mails, des photos de l’horreur sur place, quelques lignes pour nous rapporter les événements.

Et puis un jour, plus rien.

Et puis quelques temps plus tard, toujours rien…

Et puis se rendre sur la page facebook où il postait des photos. S’apercevoir qu’elle a disparu.

Et puis lui envoyer un mail, et puis un autre, et s’apercevoir que l’intervalle entre les deux est de plus d’un mois.

Et puis attendre encore, une hypothétique réponse à laquelle on ne croit plus, parce que c’est la guerre, parce que des gens y laissent leur peau tous les jours.

Et puis penser au passé, penser aux autres… Pas un de plus, merde !

Alors on se lobotomise, à coup de travail, d’engagements et de temps qui passe… Avec un peu de chance, on ne verra pas le prochain mois passer.

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Auteur : Ju

Manager en sécurité informatique, je travaille sur le secteur depuis plusieurs années après une reconversion réussie suite à 12 annés dans le journalisme. J'adore la recherche, Je suis certifiée Iso/CEI 27001 Lead Auditeur (PECB) – ISLA1006895-2015-09. Parfois, je donne des cours et des conférences, et j’ai eu deux livres publiés par un éditeur… il y a fort longtemps.

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