quand la LDH filme à leur insu les participants à une soirée où on s’oppose à la surveillance

Quel intérêt ? Quel crédit peut-on donner à vos prises de positions sur le sujet lorsque l’on sait que vous filmez des gens, de surcroit des militants et les mettez en danger, ce même danger que vous pointez du doigt dans vos guides et tracts ?

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J’étais hier soir à une conférence organisée par la Ligue des Droits de l’homme, fort intéressante, j’y reviendrai dans le courant de la semaine prochaine, en termes de contenu.

Aujourd’hui, l’heure est au coup de gueule. En effet, parmi les invités, Noé Leblanc, venait nous parler de l’inefficacité de la vidéosurveillance en matière de prévention de la délinquance, et il a été question, bien entendu, dans le cours de la soirée, des dangers de la surveillance sur les libertés individuelles.

A l’entrée de la salle, des piles de guides, très bien fichus, sur le cadre légal de la surveillance et la vidéosurveillance avec tout un tas de textes de loi décryptés, expliqués de manière pédagogique… On pouvait prévoir que ce serait bien et on n’a pas été déçus sur ce plan là.

La Ligue des droits de l’homme avait annoncé, dans la journée que la conférence serait retransmise en streaming, une bonne chose, pour que tout le monde puisse avoir accès à cette conf où étaient invités, entre autres, Dominique Cardon et Manhack.

Souriez, vous êtes filmés !

Seulement, en plus de filmer la conférence à proprement dit, la LDH a filmé l’ensemble de la salle… vous voyez où je veux en venir ? Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! Toute personne qui se retournait, parlait à son voisin, se levait pour une quelconque raison pouvait donc être identifiée. Ce qui peut poser un problème aux gens qui n’ont pas envie d’être identifiés comme allant à des réunions politiques, idéologiques, etc…

Et sur la scène, on nous parlait de liberté.

A la pause, je m’approche de la dame qui animait la soirée et soulève le problème (de manière très courtoise et diplomatique).

« Oui, j’ai dit aux intervenants qu’ils étaient filmés… »

Euh, oui, mais madame, la caméra est au fond de la salle et nous sommes donc tous filmés, la moindre des choses aurait été de l’annoncer aux gens dans la salle, non ?

« oui, mais vous êtes filmés de dos… »

Et si on se retourne ? Et si on veut juste pas être filmés ? et si vous dénonciez des pratiques que finalement, vous mettez en place vous-mêmes ?

(là, j’avais plus trop envie d’être diplomate, mais je me forçais)

Et de m’expliquer que c’était annoncé, moi de répondre qu’en approchant la caméra de l’estrade, on ne peut filmer que les intervenants, et pas les personnes engagées qui se trouvent dans la salle… permettant à tout un chacun de les identifier et de les ficher. Je propose même mon aide, au cas où j’arriverai ainsi à la convaincre…

« Bon, je l’annoncerai à la reprise… »

Voilà ! du moins, c’est déjà ça, un bon début, toussa, même si le mal est fait et que vous n’êtes pas du tout en phase avec vos (pseudos)idéaux… Donc concrètement, désolée madame, mais je n’accorderai plus aucune crédibilité à ce que dit la LDH sur le sujet.

Bien entendu, aucune annonce n’a été faite à la reprise et les gens qui étaient dans la salle n’ont pas été informés et n’ont donc pas eu le choix d’être.

Quel intérêt ? Quel crédit peut-on donner à vos prises de positions sur le sujet lorsque l’on sait que vous filmez des gens, de surcroit des militants et les mettez en danger, ce même danger que vous pointez du doigt dans vos guides et tracts ?

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Auteur : Ju

Manager en sécurité informatique, je travaille sur le secteur depuis plusieurs années après une reconversion réussie suite à 12 annés dans le journalisme. J'adore la recherche, Je suis certifiée Iso/CEI 27001 Lead Auditeur (PECB) – ISLA1006895-2015-09. Parfois, je donne des cours et des conférences, et j’ai eu deux livres publiés par un éditeur… il y a fort longtemps.

5 réflexions sur « quand la LDH filme à leur insu les participants à une soirée où on s’oppose à la surveillance »

  1. En même temps, à une réunion publique, n’importe qui peut venir prendre des notes sur qui dit quoi à qui hein, pas besoin de caméra (alors que la caméra qui filme le public permet aussi de retransmettre l’ambiance de la salle ainsi que les questions posées).

    Tu confonds outil et usage sur ce coup là amha.

    Okhin

  2. Hey mais bonne idée ! Tu évoques des trucs auxquels je n’avais pas pensé…
    mais
    – on peut tres bien retranscrire les questions (on avait des micros) tout en ne filmant que les intervenants.
    – Si on avait été informés, on a le choix d’accepter ou non, de changer de place, de quitter le lieu, de rester sous l’oeil de la caméra. Mais au moins, cela ne se passe pas à notre insu.
    – Je persiste à penser que prendre des positions fortes (et même publier de si bons docs) sur le sujet et ne rien faire lorsque le problème est signalé, c’est sale.
    L’étourderie, ça arrive à tout le monde et tous les jours « ah, mince, on n’avait pas pensé à ça, » s’en rendre compte et changer les choses. Là « ah oui c’est vrai » mais rien n’est fait pour informer les gens ni pour changer quoi que ce soit alors que la personne a bien capté que c’était juste à l’opposé de ce qu’elle disait défendre.

  3. L’organisateur m’avait demandé, avant qu’on ne parle, si ça nous dérangeait que la conférence soit filmée; je lui ai bien évidemment dit que non, puisqu’il s’agissait d’un évènement « public »…

    Je pars du principe qu’un évènement « public » ne relève pas de la « vie privée »… ce qui devrait également prévaloir pour ceux qui y assistent, dans la mesure où, comme le note Okhin, on ne peut pas empêcher un quidam de noter qui y a dit quoi…

    Le problème, à mon sens, est de réapprendre à faire le tri entre ce qui relève de la « sphère privée » et ce qui a trait à la « vie publique »; en l’espèce, une conférence « publique » organisée par une organisation de défense des droits de l’homme (et donc de la vie privée) relève donc de la « vie publique »…

    ce qui n’empêche pas le fait de pouvoir mettre en place, comme le souligne Garfieldairlines, un espace non documenté, et donc sans surveillance… ce qui n’empêcherait nullement, cela dit, un espion d’espionner…

    manhack

  4. Oui, oui, il y a toujours du monde »à l’ancienne », y compris dans les réunions organisées par des copains quand l’entrée est libre et la porte grande ouverte.
    Je disais juste qu’écrire qu’on prend position contre ce genre de pratiques et les mettre en place soi-même, c’est assez sale.
    Il aurait fallu nous dire « voilà, à tel endroit, il y a une caméra qui tourne, si vous vous asseyez dans telle zone, vous ne serez pas filmés. »
    Au moins, chacun fait ce qu’il veut en étant informé et n’est pas filmé à son insu.
    Un copain a quitté la conf, juste pour ça…

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