Non, ce n’est pas (que) la faute de Google

Les patrons de presse n’ont pas su prendre le tournant du Web, comme Nicolas le souligne aussi. Au lieu d’apporter du contenu supplémentaire à l’instar de sons ou de vidéos, ils se bornent à reproduire les articles de la version papier, ou à du copy-paste de dépêche.

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Je viens e finir ce très très bon papier de Margin Call sur comment Google, petit à petit, filialise les entreprises de presse. C’est intéressant et bien pensé. Il n’a pas tort, notre Eric, que j’ai d’ailleurs eu le plaisir de croiser entre deux avions. Le président du directoire du Monde lui donne d’ailleurs raison en répondant à la dernière question de l’interview :

« Google a ouvert au passage la possibilité aux éditeurs de profiter de leurs serveurs publicitaires et de leurs outils afin d’optimiser leurs revenus publicitaires. On comprend l’intérêt de Google à faire du business avec les éditeurs de presse, mais nous sommes ici à des années-lumière du point de départ de la négociation. C’est tout le talent de Google ! »

Les patrons de presse n’ont pas su prendre le tournant du Web, comme Nicolas le souligne aussi. Au lieu d’apporter du contenu supplémentaire à l’instar de sons ou de vidéos, ils se bornent à reproduire les articles de la version papier, ou à du copy-paste de dépêche.

Face à la richesse que pouvait apporter Internet et que nous attendions tous vis-à-vis des changements positifs dans notre métier, ils ont préféré faire à leur manière de gens qui ne connaissent pas et ne se donnent pas la peine d’apprendre. De loin, ils ont décidé qu’ils n’en n’exploiteraient qu’une toute petite partie.

Alors oui, c’est vrai le Guardian qui a magnifiquement pris le virage du Web, perd beaucoup sur le papier et fonctionne à pertes. On se demande si le papier survivra bien longtemps. Ce qui est sûr, c’est que le site, lui, a encore de beaux jours et de belles expériences devant lui.

Et si on parlait de liens hypertexte ?

Horreur ! Mais vous vous rendez compte, ma bonne dame ! Les lecteurs iraient cliquer ailleurs ! Et alors ? ce n’est pas parce que du contenu intéressant et complémentaire est ailleurs que le lecteur ne viendra plus jamais chez toi, ce n’est pas parce qu’il consultera un lien que ce sera la fin du monde. Au contraire, il appréciera que tu partages ce contenu, ton lecteur. C’est un peu la base de l’Internet, le partage, non ?

Pas pour eux… On partage, mais chez nous et entre nous.

Pour les patrons de presse, non, il y a Google. Et google, plus on te clique, plus tu remontes (oui, c’est ce qu’on se dit dans un petit cerveau de patron de presse). Alors les liens hypertexte, c’est seulement vers des articles du dit média, pas d’autres… Sinon, c’est les autres qui vont remonter et…. Bravo le partage, on file de la viande froide pour agrémenter une dépêche insipide.

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J’avais déjà écrit sur cette société de l’immédiateté qui a transformé notre métier. Les gens consomment et n’attendent plus pour avoir de l’info fouillée, mise en perspective et les patrons de presse l’ont bien compris. Tellement bien, même, que les sites de médias et médias en ligne sont les seuls à ne pas avoir de grilles de salaires avec des tarifs de base syndicaux pour les plein temps ou les piges, comme en radio, télé ou presse écrite… Ce qui permet toutes les dérives, y compris l’emploi au SMIC de gens qui ne sortent jamais en reportage et se contente de copier de la dépêche toute la journée en attendant de trouver un meilleur boulot. Et ce n’est pas faute d’essayer. Mais le SNJ se fait refouler à chaque fois. Par ailleurs Acrimed pointe du doigt la précarité grandissante dans le secteur :

« en 2012, plus de 61 % des cartes accordées à des nouveaux entrants dans la profession l’ont été à des journalistes pigistes ou en CDD. »

Le voilà, le vrai fléau, les patrons de presse ont créé sur Internet, mais à défaut d’y inclure du contenu, ils se contentent de faire du remplissage. Les seuls qui s’en sortent sont ceux qui produisent réellement de l’info, Mediapart et Arrêt sur Images. Elle n’était pas plus difficile que ça à trouver, cette solution. Produire du contenu, se donner le temps d’enquêter, faire de l’info au vrai sens du terme.

Ah non, il fallait gaver les consommateurs comme des oies, et aujourd’hui, ils sont plus exigeants. Alors se détournent petit à petit, de ces médias qui n’ont de rapport à Internet que le fait d’être en ligne.

Alors courrez, courrez après le clic, des fois que vous loupiez le train du référencement. En attendant, vous coulez et vous entraînez les journalistes avec vous.

Merci à  NS Newsflash pour l'illustration CC/Flickr
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Auteur : Ju

Manager en sécurité informatique, je travaille sur le secteur depuis plusieurs années après une reconversion réussie suite à 12 annés dans le journalisme. J'adore la recherche, Je suis certifiée Iso/CEI 27001 Lead Auditeur (PECB) – ISLA1006895-2015-09. Parfois, je donne des cours et des conférences, et j’ai eu deux livres publiés par un éditeur… il y a fort longtemps.

2 réflexions sur « Non, ce n’est pas (que) la faute de Google »

  1. Tiens ! Ton blog n’est plus coupé par le proxy du boulot…

    Je voulais dire qu’il n’y a pas que Mediapart et Arrêt sur Image qui produisent de l’information. Le Monde et Le Parisien en produisent mais ils organisent doucement la transition vers le numérique comme les éditions tournent bien.

    Et la presse papier qui marche le mieux est la PQR… Elle n’a pas d’urgence à faire la transition.

    1. oui oui, la PQR fonctionne encore bien mais sur de l’ultralocal : météo, faits divers, etc… mais le nombre de lecteurs ne cesse de baisser. Regarde les pbs des journaux du Midi, sauvés de justesse par le Monde, du plan social chez Midi Libre l’an dernier…

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