Pôle emploi, la fabrique à précarité

C’est dans d’horribles conditions que Pôle Emploi a fait la Une ces derniers jours. D’abord un homme qui s’immole devant une agence à Nantes, un geste prémédité qui n’est pas sans rappeler celui de Bouazizi le Tunisien. Quelques jours après, c’est à St Ouen et dans d’autres villes, que des tentatives d’immolation ont lieu.

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C’est dans d’horribles conditions que Pôle Emploi a fait la Une ces derniers jours. D’abord un homme qui s’immole devant une agence à Nantes, un geste prémédité qui n’est pas sans rappeler celui de Bouazizi le Tunisien. Quelques jours après, c’est à St Ouen et dans d’autres villes, que des tentatives d’immolation ont lieu.

Poussés à bout, ne supportant plus la manière dont ils sont traités, ces personnes ont décidé de se donner la mort… Et ce comportement est assez compréhensible quand on voit comment fonctionne Paul Emploi.

Loin de vouloir concurrencer le copain Politeeks, je m’en vais vous compter une petite histoire qui s’étale sur presque trois mois.

  • Deux semaines pour un identifiant

Début décembre, me retrouvant sans emploi comme une bonne partie de la population, je m’inscris via le site de ton soi-disant meilleur ami pour trouver du boulot J’ai acquis des droits qui me donnent, selon calcul, à une allocation chômage assez sympa courant sur presque six mois. De quoi subsister, donc, le temps de trouver un nouveau travail.

Problème, j’ai déménagé, je dépend donc d’une nouvelle agence, j’ai un nouveau numéro de chômeur (oui, c’est quand même plus sympa que de m’appeler par mon nom, hein…) et surtout un nouveau code secret pour accéder au site Internet de pôle emploi sur lequel je dois récupérer le document à renvoyer avec mes justificatifs.

Sauf que, 10 jours de traitement, je ne recevrai mon nouveau code que plus de deux semaines après mon inscription, alors qu’il faut renvoyer les documents au plus vite. Dont acte. Je prépare mon gros dossier avec plein de justificatifs de piges à l’étranger, de cours dispensés en école de journalisme, et de boulot à plein temps en presse éco.

Une semaine, deux semaines… Non, ma sœur Anne ne voit rien venir. J’écris.

« Non, votre dossier n’est pas encore traité, »

réponse très courte par mail (et bonjour, c’est pour les chiens ?) sauf que c’est les fêtes et que la fin du mois c’est dans quelques jours et que j’ai un loyer à payer, ma grande… Dans le même temps, un mail automatique arrive dans la rubrique courrier du site de Pole Emploi « votre demande est rejetée. » Je réécris en demandant pourquoi. On me répond, en disant bonjour cette fois, que c’est une réponse automatique qui part à chaque contact tant que le dossier n’est pas traité. Effectivement, le même message est renvoyé juste après ce contact.

Psychologiquement, ça joue. Et si je n’avais pas eu la démarche de demander après mes droits en croyant que ce message était « vrai » ?

  • Les fêtes passent, la fin du mois aussi

Le kiné accepte de poser le chèque des séances plus tard parce qu’il comprend la situation. On est le 5 janvier et toujours pas de nouvelles. J’appelle.

« Vous comprenez, il y a eu les fêtes. »

Ouais, mon grand, je comprends bien, d’ailleurs j’aurais bien aimé toucher mes sous de décembre pour faire des plus beaux cadeaux ou acheter une bonne bouteille en plus du cadeau quand j’ai été invitée chez ma copine Sara pour le jour de l’an sans me retrouver à découvert… Seulement, c’était pas possible.

Plus d’un mois après mon inscription, toujours rien à l’horizon. Mi janvier, je reçois mon dossier complet. Une attestation coince, celle d’une petite pige pour France24. Motif ? Ce serait une photocopie et pas l’originale.

Forte de ma bonne foie, je renvoie tout le dossier (les timbres ne sont pas remboursés, bien entendu) avec une photocopie de l’attestation, explication à l’appui « sur la photocopie, on ne voit pas très bien le cachet alors qu’on le voit très bien sur le document précédemment envoyé, ce qui prouve bien qu’il s’agit de l’original. »

Comme d’habitude, le traitement prend 15 jours, voire plus et là, impossible de payer le loyer. Je me retrouver à manger pates, pommes de terre, riz, lentilles et pois cassés à tous les repas. Je descends peu à peu les stocks. Parfois je saute aussi des repas. Comment faire autrement ? Mais même avec ça, impossible de payer le loyer. Les lenteurs administratives de Pole Emploi vont me mettre à la rue.  Je pense à ceux qui ont des enfants à nourrir. Comment font-ils ?

Peut-être qu’ils vont s’immoler devant un pôle emploi…

Une seconde fin de mois passe, un second prélèvement pour le loyer.

  • Les copains

J’ai été sauvée de justesse par Marilyne, une collègue de travail du temps où je n’avais jamais vécu à l’étranger, qui est restée une très bonne amie malgré la distance, les années… Et qui, venant de vendre sa maison, m’a tout de suite proposée de me prêter de l’argent.  Ce n’était que l’affaire de quelques jours puisque je venais de renvoyer ce dossier.

Alors je me suis assise sur ma fierté et j’ai pris le chèque.

J’ai pu payer le loyer, refaire les stocks de riz et rajouter des carottes dans la purée. Mais rien n’était encore joué. Fin janvier passer, toujours pas de signe de vie de Pôle Emploi jusqu’à ce courrier. Encore une fois, une énorme enveloppe, mon dossier complet.

Cette fois-ci, il est précisé (non, il ne pouvaient pas le faire dans le précédent envoi, voyons…) que l’attestation de France 24 doit être signée de la main de la responsable RH, toute attestation doit être signée…

Hmm… Bon, donc pour une petite pige à 80 euros, je dois aller embêter la responsable du personnel d’une énorme entreprise qui a des tonnes de choses à faire beaucoup plus importantes que de s’occuper de mes petites fesses roses, non ? Et puis on n’a qu’à l’enlever du dossier, les autres attestations suffisent à me faire accéder à mes droits.

Oui, ce sont MES DROITS auxquels on me refuse l’accès, l’argent issu de MES COTISATIONS SOCIALES prélevées sur MES FICHES DE PAIE.

  • Non, c’est Pôle Emploi qui décide et Pôle Emploi veut un gribouillis de la dame

Je prends le téléphone, sans grand espoir et appelle la responsable du personnel de France24. Son nom et son numéro de téléphone sont sur la fameuse attestation. Elle pourrait m’envoyer bouler. Elle devrait m’envoyer bouler. Elle a autrechose à faire.

Surprise, elle « comprend tout à fait » et je passe quand je veux « entre 8h30 et 20h, je suis toujours là… » Enfin quelqu’un de sympa dans toute cette histoire de paperasse administrative alors que je suis au bord de la crise de nerfs.

J’y passe deux jours après, accueil, téléphone, je sens qu’il va y avoir un problème. Non. Badge, portique, ascenseur, Madame RH.

  • rétroactivité zéro

Je me confonds en excuse, lui expliquant de nouveau la situation. Elle me sourit (Madame, je vous kiffe). Elle me raconte qu’elle en voit passer très souvent des comme moi. En fait, devoir présenter des attestations signées est assez récent. Avant cela, France24 délivrait des attestations avec cachet qui suffisaient. Or, Pôle Emploi s’en fiche d’être rétroactif. Pôle Emploi est hors du temps et même si ton attestation t’a été délivrée il y a quelques années à l’époque où ce papelard n’était pas hors la loi, et bien il doit correspondre aux critères d’aujourd’hui.

Quid des boites qui ont fermé et dont on ne retrouvera ni tampon ni RH ? Leur dossier est bloqué ? Ils ont un refus sans plus d’explication ? Parce que oui, les 15 jours de délai maximum, c’est un peu court pour retrouver un RH perdu, non ? Et si la boite était dans une ville loin d’ici ? J’aurais du payer un aller-retour en train pour faire signer mon RH ?

La dame sourit, donne un coup de tampon sur le papier, attrape un stylo pour signer, puis se ravise. « Ah, non, attendez, je vais prendre un stylo bleu, comme ça, ils ne pourront pas vous dire que c’est imprimé et vous faire encore des problèmes. »

Alors elle a signé en bleu.

Je suis ressortie, je souriais aussi. Je me disais que j’aurais du lui apporter une boite de chocolats, à Madame RH. Je suis retournée à la poste le lendemain avec mon gros dossier, mon timbre cher et mon espoir sous le bras. Des fois que, en février, je puisse enfin toucher mon argent.

Entre temps, j’ai retrouvé du travail, sans l’aide de Pôle Emploi qui pratique aujourd’hui les entretiens téléphonique pour ne plus recevoir les chômeurs. J’ai trouvé un boulot qui me plait où j’apprends plein de trucs avec toute une équipe qui vous tire vers le haut.

  • la guerre est finie

Nous sommes le 15 février et je viens juste de recevoir un message me disant je vais accéder à mes droits… de décembre.

La guerre est finie. J’ai gagné sur tous les plans, mais j’en sors lessivée, un peu plus consciente de là où se trouvent mes amis. La guerre… Aujourd’hui, il faut lutter pour accéder à ses propres droits.  Combien n’en n’ont pas la force morale ?

Sur le même sujet, l’avis d’une psychologue qui témoigne de la fabrication de dépressifs par le système Pole Emploi.

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Auteur : Ju

Manager en sécurité informatique, je travaille sur le secteur depuis plusieurs années après une reconversion réussie suite à 12 annés dans le journalisme. J'adore la recherche, Je suis certifiée Iso/CEI 27001 Lead Auditeur (PECB) – ISLA1006895-2015-09. Parfois, je donne des cours et des conférences, et j’ai eu deux livres publiés par un éditeur… il y a fort longtemps.

12 réflexions sur « Pôle emploi, la fabrique à précarité »

  1. Courage copine ! tu as subi Ubu roi qui s’emmerde et emmerde les gens pour s’occuper et croire qu’il est utile: c’est popole emploi.

    Tout est fait pour emmerder les gens, leur faire croire que c’est de leur faute s’ils ne trouvent plus de job. Tout ça finira mal.

  2. Bonjour,

    Loin de moi l’idée de dédouaner l’immense machine broyeuse dans laquelle je travaille, car malheureusement votre cas n’est pas isolé.
    Nous sommes, agents de Pôle Emploi, soumis à une règlementation tatillonne qui exige ce genre d’aberrations administratives. Néanmoins nous avons quelques marges de manœuvre qui semble t-il n’ont pas été utilisées dans votre cas et qui aurait pu permettre d’éviter autant de délais et d’allers retour de dossier, oh combien horripilants (j’en ai fait les frais lorsque j’étais en CDD dans l’institution). J’espère que pour vous tout est correctement rétabli

  3. Pour mon cas perso d’intermittent, entre une demande de renouvellement de droits, et la réception d’un courrier qui me signifiait qu’il manquait un papier, il s’était écoulé presque 3 mois, en ne touchant RIEN évidemment. Entre temps, des coups de téléphone, mails, déplacement…

  4. @ Hadrien
    Oui, malheureusement, je sais que vous êtes tenus de respecter ce qui vient d’en haut. Mais contente, et désolée à la fois, de savoir que des marges de manoeuvre existent.
    C’est correctement rétabli. J’ai (enfin) touchée mon argent et je me suis désinscrite puisque j’ai trouvé du boulot (toute seule comme nue grande).

    @ François
    Oui, folie… Et faut rajouter les coups de fils de la banque parce que découverts dans certains cas, si on n’a as prévu le coup.

  5. Hélas… Si vous étiez un « cas particulier »…! Je ne vais pas vous raconter mes 3 mois de galère… Vous les avez vécus et très bien décrits ! Juste quelques épisodes…
    « Chômage – Jour 1 » : Je m’inscris sur internet, c’est la première fois.
    « Chômage – Jour 8″ : J’ai rendez-vous avec une conseillère, très pro… mon dossier est complet, me dit-elle, indemnisation dans 30 jours ! » Cool…
    « Chômage – Jour 40 » Rien ! Appel : C’est à l’étude…
    « Chômage – Jour 43″ : (Courrier daté d’il y a 10 jours) »Veuillez nous fournir les pièces suivantes… » Le dossier qui était complet ne l’est plus. Je dépose les pièces le jour-même.
    « Chômage – Jour 55 » : Chouette un courrier… « Veuillez nous fournir une copie de votre courrier de licenciement relatif à la période travaillée en Belgique » ??? « J’ai pas, M’dame, juste le formulaire officiel C4 accompagné par un formulaire européen U1. « OK, faites nous parvenir les 2″…VOUS LES AVEZ DÉJÀ…!
    « Chômage – Jour 60 » : Ma propriétaire s’impatiente.
    « Chômage – Jour 70 » : Visite chez Pôle Emploi »… « Vos droits sont à l’étude, Monsieur… Vous auriez dû fournir un dossier complet dès le départ…! »
    « Chômage – Jour 75 » : Ma maman paye le loyer.
    « Chômage – Jour 85 » : Youpi !
    Je sais que je vais être indemnisé, et je connais même le montant… Dans 5 jours, je paye mes dettes !
    « Chômage – Jour 95 » : Ma propriétaire s’impatiente, son mari est menaçant… Elle me conseille de partir… Visite chez Pôle Emploi… C’est une grosse somme, le virement doit être validé par le Chef. Quand ? Aujourd’hui ou demain. Je reste sur place et refuse de quitter le guichet.
    « Chômage – Jour 98 » : Je reçois mes indemnités.

    Peut-on expliquer à Pôle Emploi, que la perte d’un emploi est parfois un choc ? Ajouter à ce choc, une culpabilisation permanente, un accueil déshumanisé. Les agents de Pôle Emploi qui souhaitent être aidants n’en ont pas les moyens, certains sont incompétents…

  6. C’est malheureux mais j’en arrive à comprendre certains gestes désespérés, quand on voit les contradictions auxquelles nous faisons face au PE. J’ai de la chance, je m’en sors pas trop mal mais des fois, on marche sur la tête!
    Bisous ma copine!

  7. Oh, ton histoire fait vraiment froid dans le dos.

    Ma très brève rencontre avec Pole Emploi ne m’a pas non plus laissé un goût positif. Et pourtant, je m’y étais préparée avec tout ce que j’avais lu en amont, et ce n’est vraiment rien comparé à ce que tu as vécu.

    1. Je crois qu’on est tous dans le même cas. Ouf, de s’en sortir, May… et pourtant, comme toi, ca aura été de la courte durée, à peine plus d’un mois de chomage ! Je reçois des témoignages affolants sur twitter

  8. Quand je me suis inscrite à pole emploi, j’ai du fournir une attestation de travail d’une association qui proposait des services aux particuliers. J’ai fais de la garde d’enfant pour eux. La signature de l’attestation n’était pas l’originale car on pouvait l’imprimer directement via le site. Bien entendu, popole pas content et me renvoi le dossier pour que j’obtienne une signature originale. Hors l’association a subi une liquidation judiciaire. Du coup j’ai dû faire des recherches pour savoir qui était l’huissier de justice en charge de cette liquidation pour avoir sa signature à lui. Pole emploi trouvera toujours des pretextes pour retarder le plus possible le versement d’indemnités.

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