J’ai pas mal cogité ces derniers temps au sujet des drones. Pas mal échangé, aussi, au hasard d’un débat sur une ML à laquelle je participe. De quoi développer un point de vue sur un sujet dont, il est vrai, je ne m’étais que peu préoccupée avant ces derniers mois.
Les objets n’engagent que ceux qui les utilisent. Je vois comme une très mauvaise chose l’arrivée de drones dans la police, l’armée. Les militaires américains ont d’ailleurs déjà repéré et tué des gens, bien au-delà de leurs frontières, avec ce type d’engins. Ils aident aujourd’hui la France dans le cadre de l’opération Serval(EN) aussi avec des drones.
Dans d’autres cas, munis de caméras, ces appareils pourraient survoler les manifestations. Effectivement, du côté des militants, et c’est légitime, on s’en alarme. Ces appareils pourraient participer à la surveillance, rapporter des images qui permettraient de compléter les dossiers de certains ou, sans aller jusque là, identifier tel ou tel militant comme participant à telle ou telle cause.
Un outil de revendications ?
Or, utilisé dans un tout autre contexte, par un dissident, un blogueur engagé, quelqu’un qui tente de faire sortir de l’info d’un territoire fermé aux journalistes, cette technologie peut être une bonne chose. Le Citoyen pourra se protéger des tirs de snipers en utilisant ce genre d’appareils pour filmer les violences policières, les tireurs sur les toits, les abus de pouvoir. Le drone, dans ces cas-là, pourrait donc être un outil très précieux pour éviter que des personnes, déjà cibles du pouvoir, se fassent tirer dessus.
Autre exemple, plus mignon, celui de ces militants australiens qui luttent contre les mauvais traitements faits aux animaux. Leur drone permet de survoler le bétail et de recueillir des preuves de maltraitance qui viendront apporter des billes à leur combat.
Pour moi, tout dépend donc de qui utilise le drone et de l’utilisation qui en est faite. Les droits-de-l’Hommistes pourraient s’en servir à bon escient. Condamner de but en blanc cette technologie en mode « c’est mal et c’est pas bien parce que c’est des drones » (oui, oui, ça existe…) est pour moi assez malsain puisque basé sur aucune considération technique et à terme, pourrait empêcher ceux qui en ont besoin, idéaux en bandoulière, de les utiliser. Par ailleurs, ces légères contradictions occultent les vrais débats de fond.
Par ailleurs, cette réduction de la lutte à la simple philosophie nous renvoie bien des années en arrière où les décisions se prenaient sur le papier, concernaient la vie de bureau et n’étaient réservées qu’à une poignée de décisionnaires qui se trouvaient face à l’opposition d’une élite intellectuelle qui se voulait en désaccord.
De l’art de connaître son ennemi
Et si mettre les mains dans la machine était la meilleure solution ? Pour s’opposer aux surveillants de tous bords, à l’armée ou à toute compagnie privée qui déciderait de s’y mettre dans un but de surveillance, il faut, à mon avis, jouer sur le même terrain, celui de la technologie.
S’opposer en n’invoquant que de vastes idéaux philosophiques, un bouquet de fleurs et un « saymal » ne sert pas vraiment à grand-chose. C’est après avoir étudié, lu, démonté, remonté, testé, cassé (oups) remonté, (re)testé, etc. Qu’on aura la connaissance permettant de démontrer par A + B aux surveillants que ce qu’ils font va au-delà des libertés publiques. Et on ne pourra rien nous opposer.
Je mets ce cas en parallèle de l’opposition au DPI. Si on s’était contenté des idéaux, même nobles, et de la philo, on ne serait pas allés très loin. C’est la connaissance technique qui fait que nous (et bien d’autres avant nous ou mieux que nous) avons la possibilité de nous opposer en expliquant le fonctionnements de ces systèmes, en le commentant, y compris dans les médias où les plus avisés d’entre nous le font intelligemment.
En France
Ce n’est ni tout blanc, ni tout noir, ni tout à fait malsain, surtout si vous vous placez d’un point de vue d’activiste Iranien, ni parfait. Mais ce qui est sûr, c’est que dans un contexte franco-français, il existe des textes qui protègent la vie privée, il existe des institutions censées les faire respecter et peut-être faudrait-il alerter nos députés afin qu’ils lancent nue réflexion sur le sujet. Quid du vol des drones dans le ciel français ? Avec une cogitation/réglementation différente s’ils ne font que voler ou s’ils ont le pouvoir de capter photos, vidéos, sons, et ainsi mettre en péril la vie privée.
On s’y met ?
- A lire aussi :
When the Whole World Has Drones(EN) et sa traduction en Français.
« N’importe qui peut être attaqué par un drone n’importe où n’importe quand, » Interview dans Courrier International.
Autre billet au sujet des drones qui survolent le bétail.
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