Le rêve, une espèce en voie de disparition

J’apprends en lisant le Courrier International de cette semaine que l’écriture cursive (à la main en attaché) n’allait plus être obligatoire dans 45 états des USA d’ici à 2015.

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J’apprends en lisant le Courrier International de cette semaine que l’écriture cursive (à la main en attaché) n’allait plus être obligatoire dans 45 états des USA d’ici à 2015.

L’info crée un gros débat outre-atlantique et m’a fait réfléchir à mon propre rapport à l’écriture, notamment après toutes ces années passées à l’étranger. L’écriture c’est, pour moi, une part de la culture d’un pays, quelquechose en rapport direct avec la langue et son histoire.

Quand j’apprenais l’arabe, je me souviens des grosses lettres calligraphiées à la main plus ou moins adroitement sur des lignes qui n’en finissaient pas. J’avais une écriture d’enfant, malgré mes presque 30 ans, une écriture d’enfant qui s’appliquait à bien former ses lettres, à placer le point au bon endroit, à refaire trois fois les mêmes lettres parce que suivant leur place dans le mot, elles n’ont pas la même forme, à pester sur les « sôd » et « dôd » et leur forme chelou…

Pour les sonorités aussi, l’écriture à la main aidait. L’apprentissage se faisait avec des accents qui prenaient la place des voyelles et disparaissent au fil de l’apprentissage. Et alors que ces mots ne ressemblaient à rien sur un écran, un journal ou la devanture d’un magasin, ils prenaient du sens, posés sur le papier, avec leurs accents.

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Moins exotique, l’écriture cursive, c’est aussi l’écriture en couleur, les cœurs dans la marge à 12 ans, les gros ronds sur les i en guise de point à 14, les dessins sur un coin de page parce qu’on n’a pas envie d’écouter, la grille de morpion entre deux potes qui s’en fichent, une fleur ou un soleil retrouvés au détour d’un cours quand la copine d’à côté avait déjà noirci tous ses coins de page.

Les écrans ne véhiculeront pas ces moments de vie qui participent aussi à la construction sociale du jeune.

Il faudra écrire avec une marge de tant de centimètres, parfois en couleur, avec l’interlignage qu’on nous donnera, et pas question d’avoir le choix entre lignes et petits carreaux, d’écrire en bleu ou en violet, de tracer des flèches ou des cercles pour faciliter la compréhension.

« Notre manière d’écrire a une incidence sur ce que nous écrivons »

C’est une phrase d’un des articles de Courrier International. Nous n’écrivons pas la même chose selon que nous sommes devant un écran ou une feuille de papier. Nous n’organisons pas l’espace de la feuille de la même manière. Nous aimons passer rapidement le texte en « justifié » d’un côté alors qu’on prend un malin plaisir à raturer, recommencer et écrire pas droit, mais pas droit du tout de l’autre côté.

L’inverse est aussi vrai dans mon cas. Ce que j’ai envie d’écrire va m’entraîner soit devant un écran, soit devant une feuille de papier. Et quelle feuille de papier ? Ça dépendra encore une fois de ce que j’écris.

Un bloc tout blanc pour une to do list sans cesse recommencée, un tout petit cahier pour quelques pensées déstressantes ou parfois déverser ma colère, un cahier à spirales pour le boulot, un mini bloc note qui ne quitte jamais mon sac en déplacement… Du blogage, des articles et tout ce qui peut être obligatoirement structuré sur un écran.

Une évolution naturelle ?

Tout cela me fait penser à l’arrivée de la photo numérique. Oui, j’ai bossé en labo, retourné ma cuve de négatifs Ilford HP5+ pour éviter les bulles, vérifié des centaines de fois, si ce n’est plus, le grain avant d’insoler… Oui, je suis vielle.

L’arrivée du numérique a complètement changé aussi le travail sur le terrain. Quand on prenait plusieurs photos avec une ouverture ou un temps de pose différents pour être sûrs de faire un bon cliché, quand on réfléchissait à deux fois avant de prendre une photo parce que bon, j’ai que 12 pose alors… Et puis on recherchait LA photo, alors on tournait de tous les côtés, on multipliait les angles, on créait… Alors qu’en numérique, on shoote, on regarde et si c’est correct, on ne se prend plus la tête.

En fait, l’écriture cursive, c’est comme la photo en argentique, il y a un côté imaginatif, artiste, rêveur qu’on ne trouve pas devant un écran ou dans une carte SD… Et c’est bien dommage de se dire que d’ici quelques années, on ne pourra plus sourire en tombant sur l’écriture d’une ado amoureuse au détour d’une feuille qui traîne ou sur les couleurs criardes de post-it collés ça et là pour ne rien oublier.

Aujourd’hui, nous avons le choix. Le choix entre l’écriture manuelle et l’écriture sur clavier, nous maîtrisons les deux. Supprimer l’écriture cursive reviendrait à priver les nouveaux jeunes du droit fondamental qu’est celui d’avoir le choix, à les obliger à n’utiliser que le clavier.

Nous sommes peut-être vieux, mais quand ils seront formatés, sans rêve ni dessins sur leurs écrans, nous nous souviendrons comment c’était bien, la liberté.

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Auteur : Ju

Manager en sécurité informatique, je travaille sur le secteur depuis plusieurs années après une reconversion réussie suite à 12 annés dans le journalisme. J'adore la recherche, Je suis certifiée Iso/CEI 27001 Lead Auditeur (PECB) – ISLA1006895-2015-09. Parfois, je donne des cours et des conférences, et j’ai eu deux livres publiés par un éditeur… il y a fort longtemps.

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