Egypte : Selon que vous soyez riche ou misérable…

Donc aujourd’hui, les intellectuels égyptiens veulent retirer le droit de vote aux illettrés qui ne vote pas comme eux. Au delà de la remise en cause de la définition de la démocratie, c’est toute une société qui nous montre son vrai visage.

Donc aujourd’hui, les intellectuels égyptiens veulent retirer le droit de vote aux illettrés qui ne votent pas comme eux. Au delà de la remise en cause de la définition de la démocratie, c’est toute une société qui nous montre son vrai visage.

Il est (de plus en plus) loin le temps où je te parlais de ces Egyptiens middle class qui rabaissaient systématiquement, parfois même sans s’en apercevoir, les gens des classes « inférieures », quitte à leur parler assez méchamment.

C’est une des choses qui m’avait le plus choquée dans la société égyptienne.

Aujourd’hui,ceux d’en haut qui ont toujours traité ceux d’en bas comme des chiens, s’aperçoivent que leurs voix comptent autant lors d’une élection et ça, ça ne leur plaît pas puisque ceux d’en bas voteraient pour les Frères.

Sauf que…

Sauf que justement, c’est le peu de considération qu’ont les gens d’en haut pour les gens d’en bas qui fait que les Frères ont pris toute leur assise dans les classes les plus populaires.

Je vivais dans le quartier d’Imbaba, un des plus pauvre de la ville où on ne trouve pas d’étrangers, et vivier des Frères. Les habitants ? Des ouvriers, des femmes de ménage, des serveurs, des personnes sans emploi, des malades qui n’ont rien pour se soigner, des gens qui reçoivent de l’argent tous les mois, de la mosquée, pour tenir.

Les seuls à les aider pour nourrir leurs enfants étaient ceux qui leur faisaient ces nombreux dons, ceux qui les écoutaient, ceux qui leur parlaient, ceux qui leur donnaient l’impression de les prendre au sérieux quand les autres les mettaient plus bas que terre.

Alors oui reconnaissance du ventre, mais pas que.

Il y a aussi la manière dont on leur parle, dont on les regarde, l’image qu’on leur renvoie d’eux. Il n’y a chez la majorité de la population que du mépris de classe, et on s’en aperçoit encore avec cette prise de position sur le vote.

Mais c’est parce que vous les maltraitez et les déconsidérez qu’il vont chercher ailleurs, chez ceux pour qui ils votent, le soutien dont ils ont besoin.

  • Lire l’article de Courrier International

Capture du 2013-08-24 17:39:37

Qatar, les secrets du coffre-fort

Le Qatar, ce petit pays dont nous ne connaissons rien mis à part le sentiment général de peur quand le pays investit dans les banlieues françaises, nous est raconté par Christian Chesnot et Georges Malbrunot, deux journalistes qui travaillent sur la zone géographique au sens large et ce pays en particulier depuis plusieurs décennies.

Le Qatar, ce petit pays dont nous ne connaissons rien mis à part le sentiment général de peur quand le pays investit dans les banlieues françaises, nous est raconté par Christian Chesnot et Georges Malbrunot, deux journalistes qui travaillent sur la zone géographique au sens large et ce pays en particulier depuis plusieurs décennies.

Ils nous expliquent comment tout le système est (bien) géré parla famille Al-Thani au pouvoir, alliant Industrie, économie, politique, culture, diplomatie, sport, et éducation, chaque membre de la famille est responsable d’un secteur.

Qatar

Au fils qui deviendra un jour émir l’armée et le sport, à la fille qui s’est prise d’une passion pour l’art contemporain, la culture, à la plus intelligente, un poste politique au sein du cabinet de l’émir, à l’oncle une entreprise, etc…

Au sommet de la pyramide, un trio composé de l’émir visionnaire qui a transformé un tas de sable en ce qu’est le Qatar aujourd’hui, sa seconde femme, Cheika Moza, sorte de Lady Di des terres arabes qui finance aujourd’hui une part importante du budget de l’UNESCO et se bat pour accroître la place de la femme dans la société, et HBJ, un indétrônable ministre déjà là du temps de l’ex émir.

L’ensemble du bouquin porte sur les changements au Qatar, les investissements, le soft power, l’argent, bien entendu, mais au delà des informations très détaillées sur le pays, on voit en toile de fond quels rapports le pays entretien avec ses voisins mais aussi avec les personnages politiques français.

On y apprend que Dominique de Villepin est un grand ami de la famille, que Rachida Dati y passait le plus clair de son temps à une époque et a fait placer sa sœur à un poste clé dans le pays, que de nombreux politiques, de droite comme de gauche, s’y sont cassé les dents en tentant d’aller leur vendre des équipements, attirés par les rétro commissions qui en résultaient…

Un bouquin de journalistes à lire si vous ne connaissez rien au Qatar. On y apprend tout de la démesure, des jeux diplomatiques, de l’intelligente stratégie de cet émir qui donne la fausse impression d’être un doux rêveur, des investissements du pays dans les banlieues françaises, non pas pour les « islamiser » comme on a pu le lire ça et là, mais pour former et repérer des talents arabophones puisque le Qatar manque cruellement de compétences.

  • Et pour en savoir plus, une vidéo qui résume très bien le bouquin

[youtube]http://youtu.be/QNHESltX-B8[/youtube]

De l’utilité de l’InfoSec dans nos déplacements

De l’utilité de mettre les mains dans la machine et de gérer soi-même sa sécurité en ligne. Il y a deux ans, je me serais tout simplement connecté à Internet via le Ouaibe, avec mon clicodrôme favori, ça aurait fonctionné et je ne serais pas allée voir plus loin.

De l’utilité de mettre les mains dans la machine et de gérer soi-même sa sécurité en ligne. Il y a deux ans, je me serais tout simplement connecté à Internet via le Ouaibe, avec mon clicodrôme favori, ça aurait fonctionné et je ne serais pas allée voir plus loin.

Là j’ai appris tout plein de choses, à mon rythme, petit à petit. J’en sais beaucoup plus qu’à l’époque où j’ai écrit le manifeste, ce qui m’a permis de voir que dans ce petit hotel de Madaba, et bien tout n’est pas très sain de ce point de vue.

Diagnostic

Comme à chaque connexion, je lance mon VPN en terminal, tout mon trafic est redirigé :

sudo openvpn –config client.conf

Tout fonctionne sauf que… Impossible de me connecter via le Web, les pages sont systématiquement refusées, idem pour le client mail qui ne peut pas relever le courrier.

Alors que sans VPN, tout est ok en termes de connexion web. Par sécurité, puisque les infos circulent alors en clair, je n’ai pas voulu vérifier le mail.

J’ai ensuite essayé de me connecter en ssh, sans vpn, via terminal à un serveur. Aucun problème, cela fonctionne aussi. il laisse passer le port 22 pour le SSH mais pas le 1194 pour le VPN

Bien étranger, tout ça

Je suis même allée dans un café, me disant que le problème venait peut être de ma machine. J’ai lacé le VPN, et tout a fonctionné ; Web, Relevé de mails, etc.

Premières conclusions

Le bonhomme bloquerait-il les tunnels chiffrés ? Si oui, dans quelle optique ? Sniffer le trafic… peut-être… Dans un pays où la surveillance est un sport national, avoir un œil sur les activités en ligne des touristes peut possiblement être intéressant.

J’ai papoté un peu avec le patron de l’hôtel. Le type a fait ses études en ex-URSS (oui, il est vieux) et devinez en quoi ? Informatique !

J’ai donc scanné le réseau wifi et suis tombée sur ces quelques infos.

Sur le serveur

– Sur le port 5060 j’ai du sip

– sur le port 1723 j’ai du pptp tunneling

– Sur le port 9999 j’ai un abyss web server (http://www.aprelium.com/abyssws/ )

Puis des trucs tout à fait normaux : connexion en SSH, par exemple.

Capture du 2013-08-02 20:59:37

Sur les coups de 22h, j’ai poussé un peu plus loin et lancé un nmap sur l’adresse ip du serveur. Réponse : 2601/tcp filtered zebra

Remèdes

J’ai choisi, au tout début, de suivre les premiers conseils que l’on me donnait va twitter et d’utiliser Tor dont je fais usage à d’autres occasions habituellement. Mais j’ai surtout décidé d’éviter de me connecter depuis l’hôtel, ma préférence allant à une connexion basique dans un café me permettant de rediriger mon trafic via VPN comme bon me semble.

Si l’on revient deux ans en arrière, je me serai connectée via clicodrome et n’aurait rien vu, laissant passer mots de passe et infos en clair… Je ne sais pas comment rétablir une connexion vpn, surtout si le port est bloqué, mais j »ai au moins pu remarquer qu’il y avait un problème et le contourner tout en restant en sécurité.

Pour ceux qui souhaiteraient s’amuser, ci-git l’adresse ip du routeur 192.168.3.1 celle de l’ordinateur du bar de l’hotel 192.168.3.102.

Et venez ici nous raconter ce que vous trouvez.

Edit, lundi 12, vers midi

Impossible de faire mumuse avec les IP sus-citées puisqu’il s’agit d’un réseau privé, elles ne sont donc accessibles qu’à l’intérieur de l’hôtel, en étant connecté au réseau, et pas depuis l’extérieur. Et pour en savoir plus, c’est par là (merci Garfield) Comme quoi, il reste encore des trucs à apprendre…

  • Les liens qui vont bien

Le manifeste pour la sécurité 2.0 des journalistes
Le quart d’heure d’anonymat par JMM
Protéger mes sources

Jordanie, histoire d’eau

Ce qui marque, quand on chemine en Jordanie, ce sont ces serres à perte de vue. Pourtant, il s’agit d’un des pays au mode les plus pauvres en eau. 75 % des ressources en eau du pays sont ainsi consacrées à l’agriculture. Cela se manifeste, en partie, par toutes ces serres que l’on voit sur le bord des routes.

Ce qui marque, quand on chemine en Jordanie, ce sont ces serres à perte de vue. Pourtant, il s’agit d’un des pays au mode les plus pauvres en eau. 75 % des ressources en eau du pays sont ainsi consacrées à l’agriculture. Cela se manifeste, en partie, par toutes ces serres que l’on voit sur le bord des routes.

SONY DSC

Pour vous donner une idée, un Jordanien consomme 150 mètres cube d’eau par an alors que la moyenne mondiale est à 600 mètres cubes.

Le Yarmouk assure 40 % des réserves en eau du pays tandis que la nappe fossile d’Azraq, à l’est d’Amman, se vide peu à peu. Des travaux de préservation de l’oasis d’Azraq sont d’ailleurs en cours.

L’eau du lac de Tiberiade est aussi mise à contribution sauf que la Jordanie ne recevrait qu’un tiers de ce qui était originellement prévu par le plan Johnston (1953) en termes de partage de l’eau. Le plan a été rejeté en 1955 mais sert toujours dans les négociations lorsqu’il est question d’eau. La répartition dépend d’un commun accord entre la Syrie, la Jordanie et Israël.. Autant dire, aujourd’hui, impossible de modifier ce que la Jordanie reçoit comme eau.

La Jordanie a fait le rêve de l’indépendance alimentaire saut que… sauf que c’est difficile à tenir. Alors on plante des serres qu’on irrigue comme on peut. La population croit de 2,6 % par an en temps normal ce à quoi il faut ajouter les réfugiés syriens et voyageurs de passage. Il y a de plus en plus de bouches à nourrir.

La solution viendrait-elle de ce nouveau forage, récemment inauguré, à Disi ? La nappe se trouve à 90 % sous l’Arabie Saoudite qui s’en sert pour l’agriculture. Que se passera-t-il le jour où les deux pays ne seront plus en accord ? Il est par ailleurs démontré par quelques anciens rapports, que l’eau de cette nappe serait radioactive… De quoi prévoir un possible désastre dans les années qui viennent.

Et pendant ce temps, du côté de Petra, on arrose le sable… J’ai demandé pourquoi, on m’a répondu que c’était mieux pour le touristes (absents) parce qu’ils n’aiment pas marcher dans le sable… Triste monde.

SONY DSC

Jordanie, une économie qui se porte (presque) mal

En Jordanie, ce qui me surprend le plus, chaque soir, c’est l’absence de tables sur la rue pour fêter l’Iftar. Les seuls à sortir leurs tables sont les restaurateurs. Pour le reste, pas d’offrandes aux plus pauvres, comme j’avais pu l’observer en Tunisie ou en Egypte.

En Jordanie, ce qui me surprend le plus, chaque soir, c’est l’absence de tables sur la rue pour fêter l’Iftar. Les seuls à sortir leurs tables sont les restaurateurs. Pour le reste, pas d’offrandes aux plus pauvres, comme j’avais pu l’observer en Tunisie ou en Egypte.

Le dinar jordanien se porte bien, il est quasi équivalent à l’euro. L’espérance de vie est la même que celle que l’on trouve en France, à 1 ou 2 ans près, le taux d’alphabétisation est de 91 % et la moyenne est de 2,6 enfants par femme, soit un taux équivalent aux années 1970 en France.

Jusqu’ici tout va bien. Sauf que… sauf que 60 % du PIB est assuré par le secteur des services et en particulier, le tourisme qui baisse en flèche depuis les révolutions. « Là, c’est la saison des Espagnols… Vous en voyez autour de vous ? Il n’y a personne, » commente, dépité, le guichetier du site de Jerash. Même constat dans les rues d’Amman, les hôtels ne font plus recette.

SONY DSC

« Les touristes ne venaient pas qu’en Jordanie. Ils prenaient des tours de deux ou trois semaines pour visiter les sites de la région. » A Pétra, pourtant, il y aurait pas mal de monde si on en croit de récents articles dans la presse locale. « Ils font des tours qui passent par Israël. Nous, au nord du pays, on entrait dans des tours qui passaient par la Syrie, la frontière est à moins d’une heure d’ici, » rappelle un commerçant d’Irbid.

Victime des événements dans les pays voisins, la Jordanie accusait en 2011 une baisse de  16%. 2012 avait eu quelques répercussions sur le budget du pays, mais 2013 semble déjà présentée comme une année noire en termes de tourisme.

Les nouveaux venus

Le chômage (officiellement à 13 % mais estimé à 30 % par des ONG) va aller en augmentant. Pourtant, ce ne sont pas les jordaniens qui mendient dans les rues mais « les gipsys » comme on les appelle ici. Parfois de très jeunes enfants. Ils occupent des tentes à l’entrée des villes du nord « lls ne nous embêtent pas. Il n’y a ni vol ni bagarre, explique le commerçant du nord. C’est juste qu’ils mendient, c’est ça qui nous pose un problème. Ils viennent d’Europe, certains s’étaient installés en Syrie. Aujourd’hui, il descendent chez nous. »

Et les réfugiés Syriens ?

Les Syriens ont des problèmes et il faut les aider. C’est en gros le message qu’on me transmet à chaque fois que je pose la question même s’ils arrivent chaque jour de plus en plus nombreux. Ils sont 115.000 officiellement accueillis en Jordanie et ont l’air, à première vue, de ne déranger personne. Même pas en termes de commerce puisque le schéma d la frontière Tuniso-Libyenne (1) ne se reproduit pas.

Ce sur quoi je m’interroge reste cette jeunesse qui va subir de plein fouet cette baisse du PIB. Ils sont 30 %, en Jordanie, à avoir moins de 15 ans, 25% à avoir entre 15 et 35 ans. Une génération qui pousse, donc, et qui cherchera très bientôt du travail dans un pays qui se repose essentiellement sur un secteur en déclin.

  • (1) Pendant la guerre en Libye, du côté Tunisien, les boutiques se vidaient. Les Libyens, en manque d’huile, farine, etc. pour les repas d’Iftar passaient la frontière, faisaient leur courses, souvent plus cher qu’au prix normal, et rentraient chez eux. Une aubaine pour les commerçants de villages situés près de la frontière, un problème pour les habitants qui n’avaient plus rien pour cuisiner.

Amman, premières impressions

En arrivant à Amman à l’heure où le soleil pointe ses premiers rayons, saluez les policiers moustachus qui lorgnent avec suspicion votre passeport aux allures de dossier spécial Axe du Mal.

En arrivant à Amman à l’heure où le soleil pointe ses premiers rayons, saluez les policiers moustachus qui lorgnent avec suspicion votre passeport aux allures de dossier spécial Axe du Mal.

Récupérez votre bagage et sautez dans un minibus. J’avais oublié combien ils roulaient à vive allure, frôlant trottoirs et rambardes. Mais on avance et le driver a de sacré réflexes. Au bout de l’heure de route qui vous sépare de la gare routière, vous n’y pensez plus… Et le trajet vous a coûté 3 dinars, comme les locaux assis juste à côté, de quoi rigoler doucement en voyant les étrangers se jeter sur les taxis.

Sur la route, Amman m’a fait penser au Caire avec ses « villages » excentrés composés d’immenses immeubles à balcons inhabités. Parfois une poignée d’habitants se partagent les deux ou trois seuls appartements de l’immeuble qui sont terminés. Parfois, aussi, une université, comme l’Université américaine ou le trou financier français. Pareil, au milieu de nulle part. A Amman, c’est la Middle East University qui se dresse au milieu de nulle part.

Là, ce sont des quartiers entiers, entre fantômes et pas terminés, qui se dressent sur la rocaille. Et ça et là, une parabole ou des plantes aux fenêtres.

La différence réside dans le fait que le coin n’est pas désertique, c’est la rocaille qui domine. Parfois, aussi, de la verdure et des serres. On en voit beaucoup sur la route qui sépare l’aéroport de la gare routière nord.

Enfin, ce qui m’a choquée, c’est cette ribambelle de tentes du HCR, celles des Syriens réfugiés dans le coin. Plantées à même la rocaille, sans sol. Ils dorment peut-être à-même le sol.

 Capture du 2013-07-26 19:32:51

Boulot de nénette

Un article que m’a fait passer Robin, le collègue belge, dans lequel une journaliste pigiste italienne actuellement en Syrie, Francesca Bori, nous parle de son quotidien, mais aussi et surtout, de sa condition de pigiste. J’ai tenté de le traduire, l’original en Anglais est ici. Elle y parle de la solitude, des difficiles conditions de travail et surtout du fait que les red. chefs nous mettent parfois en danger malgré eux.

C’est toi qui lis, aujourd’hui, lecteur.

Un article que m’a fait passer Robin, le collègue belge, dans lequel une journaliste pigiste italienne actuellement en Syrie, Francesca Bori, nous parle de son quotidien, mais aussi et surtout, de sa condition de pigiste. J’ai tenté de le traduire, l’original en Anglais est ici. Elle y parle de la solitude, des difficiles conditions de travail et surtout du fait que les red. chefs nous mettent parfois en danger malgré eux.

« Il m’a finalement écrit. Après plus d’un an à travailler en freelance pour lui, année au cours de laquelle j’ai contracté la typhoïde et reçu une balle dans le genou, mon éditeur a regardé les nouvelles et a pensé que j’étais parmi les journalistes italiens qui avaient été enlevés. Il m’a envoyé un courriel qui disait: « Si vous obtenez une connexion, pourriez-vous tweeter votre détention ? »

Le même jour, je suis rentrée dans la soirée d’une base rebelle où je logeais au milieu de l’enfer qu’est devenu Alep, et au milieu de la poussière et de la faim et de la peur, j’espérais trouver un ami, un mot gentil… Au lieu de cela, j’ai trouvé seulement un autre e-mail de Clara, qui a passé ses vacances chez moi en Italie. Elle m’a déjà envoyé huit messages qu’elle qualifiait d' »Urgent! ».

Aujourd’hui, elle est à la recherche de mon badge de spa. Elle veut y entrer gratuitement. Le reste des messages dans ma boîte de réception étaient comme celui-ci: « bon papier aujourd’hui, brillant comme ton livre sur l’Irak. » Malheureusement, mon livre ne traitait pas de l’Irak, mais du Kosovo.

 Les gens ont cette image romantique du journaliste indépendant, celui qui a troqué la certitude d’un salaire régulier pour la liberté de couvrir des histoires fascinantes. Mais nous ne sommes pas libres du tout, c’est juste le contraire ! La vérité est que la seule possibilité de trouver des piges aujourd’hui est de rester en Syrie… où personne d’autre ne veut rester.

Et même pas à Alep, pour être précise, je dois rester sur la ligne de front. Parce que les éditeurs, de retour en Italie, ne nous demandent que sang et bang-bang. J’écris sur les islamistes et leur réseau d’entraide, les ramifications de leur pouvoir. Ce sujet est certainement plus complexe à construire qu’un papier sur la zone de frictions. Je m’efforce d’expliquer, en plus de me déplacer et on me répond : « Qu’est-ce que c’est? Six mille mots et personne n’est mort? « 

En fait, j’aurais pu écrire un papier sur Gaza. Mon éditeur m’a demandé une pige sur Gaza, parce que Gaza, comme d’habitude, a été bombardée. J’ai reçu ce message: « Vous connaissez Gaza par cœur », écrit-il. « Qui se soucie si vous êtes à Alep? »

Exactement.

La vérité, c’est que je me suis retrouvé en Syrie parce que j’ai vu les photos d’Alessio Romenzi, entré clandestinement à Homs quand personne n’était encore au courant de l’existence de cette ville. J’ai vu ses images tandis que j’écoutais Radiohead. Ces yeux me regardaient, les yeux des gens qui sont tués par l’armée d’Assad. Un par un, et personne n’avait encore entendu parler d’un endroit appelé Homs. Un étau serré autour de ma conscience, et je devais aller en Syrie immédiatement.

Mais si vous écrivez d’Alep, de Gaza ou de Rome, les éditeurs ne voient aucune différence. Vous êtes payé les mêmes 70 $ par article. Même dans des endroits comme la Syrie, où les prix flambent en raison de la spéculation effrénée.

Par exemple, dormir dans cette base rebelle, sous les les tirs des mortiers, sur un matelas à même le sol, en buvant cette eau jaunâtre qui m’a donné la typhoïde, me coûtait 50 $ par nuit, une voiture coûte 250 $ par jour. Si vous souhaitez minimiser les risques, impossible de payer l’assurance qui coûte presque 1000 $ par mois… impossible de se permettre un fixeur ou un traducteur.

Vous vous retrouvez seul dans l’inconnu.

Les éditeurs sont bien conscients que vous payer 70 $ par article vous pousse à économiser sur tout. Ils savent aussi que si vous arrive d’être sérieusement blessé, il est tentant d’espérer ne pas survivre, parce que vous ne pouvez pas vous permettre d’être blessé. Ils achèteront votre article de toute façon, même si ils n’auraient jamais acheté un ballon de foot Nike fabriqué à la main par un enfant pakistanais.

Avec les nouvelles technologies de communication, il ya cette tentation de croire à la vitesse est l’information. Mais cette croyance est basée sur une logique autodestructrice : Le contenu est maintenant normalisée, et votre journal, votre magazine, n’a plus aucun caractère distinctif, et donc il n’y a aucune raison de payer le travail d’un journaliste de terrain. Pour lire les news, j’ai Internet et c’est gratuit.

La crise d’aujourd’hui est basée sur le fait que les médias n’ont pas de lectorat. Faux, les lecteurs sont toujours là, et contrairement à ce que croient de nombreux éditeurs, ils sont intelligents et demandent de la simplicité sans simplification. Ils veulent comprendre, pas simplement savoir.

Chaque fois que je publie un témoignage sur la guerre, je reçois une dizaine de mails de gens qui me disent : « Bon article, beau portrait, mais je veux comprendre ce qui se passe en Syrie. » Et j’aimerais répondre que je ne peux pas présenter un papier d’analyse, parce que les éditeurs ne ferait que me répondre : « Qui pensez-vous être, gamine ? », même si j’ai des diplômes, j’ai écrit deux livres, et j’ai passé 10 ans dans les différentes guerres, d’abord en ONG  et maintenant en tant que journaliste. Ma jeunesse, pour ce que ça vaut, a disparu lorsque j’ai été éclaboussée des morceaux de cerveaux tombés sur moi en Bosnie, j’avais 23 ans.

Les pigistes sont des journalistes, même de seconde classe

S’il n’y a que des pigistes ici, en Syrie, c’est parce que c’est une sale guerre, une guerre du siècle dernier. C’est la guerre des tranchées entre les rebelles et les loyalistes qui sont si proches qu’ils se parlent en criant tout en se tirant dessus. La première fois que vous arrivez sur la ligne de front, vous ne pouvez pas le croire, avec ces baïonnettes que vous n’avez vu que dans les livres d’histoire.

Les guerres d’aujourd’hui sont des guerres de drones, mais ici, ils se battent mètre par mètre, rue par rue, et c’est foutrement effrayant. Pourtant, les éditeurs de retour en Italie vous traitent comme un enfant, vous obtenez une photo en première page, et ils disent que vous avez juste eu de la chance d’être au bon endroit et au bon moment. Vous obtenez un exclusivité, comme celle que j’ai écrit en septembre dernier sur la vieille ville d’Alep : Un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, en feu car les rebelles et l’armée syrienne se battaient pour son contrôle. J’ai été le premier journaliste étranger à entrer, et les éditeurs ont dit : « Comment puis-je justifier mon rédacteur n’était pas en mesure d’entrer alors que vous avez réussi ? » J’ai obtenu cette réponse via un e-mail d’un éditeur à propos de cette histoire: « Je vais acheter , mais je vais le publier sous le nom du journaliste de ma rédaction.« 

Et puis, bien sûr, je suis une femme

Un soir, récemment, j’étais assise dans un coin lors de bombardements. Un autre journaliste s’approche, il me regarde de haut en bas et dit : « Ce n ‘est pas un endroit pour les femmes ». Que pouvez-vous dire à ce gars ? Idiot, ce n’est pas un endroit pour tout le monde. Si j’ai peur, c’est parce que je suis saine d’esprit. Parce qu’Alep pue la poudre et la testostérone. Tout le monde est traumatisé : Henri, qui ne parle que de guerre; Ryan, qui prend des amphétamines.

Et pourtant, à chaque enfant que nous voyons se faire tuer, les gens viennent seulement vers moi, une femme « fragile », et veulent savoir comment je vais. Et je suis tenté de répondre : je vais comme vous. Et les soirs où je me drape dans une expression de mal être, en fait, ce sont les soirées où je me protéger, chasser toute émotion et de sentiment, ce sont les soirées où je me sauve.

La Syrie n’est plus la Syrie. C’est une maison de fous

Il y a ce gars italien qui était au chômage et qui a rejoint Al-Qaïda. Sa mère le recherche autour d’Alep pour lui donner une bonne raclée. Il y a ce touriste japonais qui se trouve sur la ligne de front, parce qu’il dit qu’il a besoin de deux semaines « frissons », un suédois diplômé d’une école de droit qui est venu de rassembler des preuves de crimes de guerre, des musiciens américains avec la même barbe que Ben Laden qui expliquent que cela les aide à se fondre dans la masse même si leurs barbes sont blondes (Ils ont apporté des médicaments contre le paludisme, même s’il n’y a pas de paludisme ici et en distribuent en jouant du violon).

Il y a les différents responsables des différentes agences des Nations Unies qui, quand vous leur dites que vous connaissez un enfant avec une très grave maladie, qu’ils  pourraient aider ses parents et lui à passer en Turquie pour le traitement, répondent qu’ils ne peuvent pas, car il n’y a qu’un seul enfant, et ils traitent seulement de l' »enfance » dans son ensemble.

Mais nous sommes reporters de guerre, après tout, n’est-ce pas?

Une bande de frères (et sœurs). Nous risquons nos vies pour donner une voix aux sans-voix. Nous avons vu des choses que la plupart des gens ne verront jamais. Nous sommes une richesse d’histoires à la table du dîner, les potes qui tout le monde veut inviter. Mais le sale secret est que, au lieu d’être unis, nous sommes nos pires ennemis.

Eet la raison pour laquelle nous sommes payés 70 $ par article n’est pas qu’il n’y a pas d’argent, Il y a toujours de l’argent pour un article sur les copines de Berlusconi. La vraie raison, c’est que quand vous essayez de vendre un sujet pour 100 $, il y aura forcément quelqu’un d’autre prêt à le faire pour 70 $.

Pourtant, nous faisons semblant d’être ici afin que personne ne soit capable de dire : « Mais je ne savais pas ce qui se passe en Syrie. » Nous ne sommes pas vraiment ici juste pour obtenir une récompense, pour gagner en visibilité. Nous sommes ici pour nous contrecarrer les uns les autres comme s’il y avait un Pulitzer à notre portée, quand il n’y a absolument rien.

Nous sommes coincés entre un régime qui vous accorde un visa seulement si vous êtes contre les rebelles et les rebelles qui, si vous êtes avec eux, vous permettent de voir que ce qu’ils veulent que vous voyiez.

La vérité est que nous sommes des pions d’un jeu d’échecs

Deux ans plus tard, nos lecteurs se souviennent à peine où Damas est, et le monde décrit instinctivement ce qui se passe en Syrie comme « ce chaos » parce que personne ne comprend rien au sujet de la Syrie. Uniquement, le sang, le sang. Nous montrons des photos au monde comme cet enfant de 7 ans avec une cigarette et une kalachnikov. Il est clair que c’est une photo artificielle, mais elle fait le tour du monde via les journaux et les sites Web en mars. Tout le monde criait : « Ces Syriens, ces Arabes, quels barbares ! »

Quand je suis arrivée ici, les Syriens m’arrêtaient pour me dire : « Nous vous remercions de montrer au monde les crimes du régime » Aujourd’hui, un homme m’a arrêtée, il m’a dit: « Honte à vous. »

 Avais-je vraiment comprendre quelque chose de la guerre ? Je n’aurais pas la distraction d’écrire sur les rebelles et les loyalistes, les sunnites et les chiites. Vraiment, la seule histoire à raconter sur cette guerre est de savoir comment vivre sans crainte. Tout pourrait se terminer en un instant.

Si je le savais, je n’aurais pas eu si peur d’aimer, d’oser, dans ma vie, au lieu d’être ici.

Maintenant, en me serrant dans ce coin rance et sombre, regrettant désespérément tout ce que je n’ai pas fait, tout ce que je n’ai pas dit. Vous qui demain serez encore en vie, qu’attendez-vous pour cela ? Pourquoi n’aimez-vous pas assez ? Vous qui avez tout, pourquoi avez-vous tellement peur? »

  • Les liens qui vont bien

Sur la responsabilité du lecteur face au contenu des média
Sur les red-chefs et la sécurité des reporters
Sur le statut du pigiste

Oumma, Alfred de Montesquiou

Le journaliste revient d’abord sur le terme « Oumma », issu de « Oum » la mère. Cette « mère patrie » qui va au delà des frontières d’un seul pays et rassemble des personnes partageant la même langue, la même religion, la même culture et un sentiment de solidarité que l’on retrouve parfois dans l’expression « frères arabes » que certains emploient.

Le journaliste Alfred de Montesquiou revient, à travers souvenirs et anecdotes sur des événements d’actualité d’alors, entrés ou en phase de l’être, dans l’Histoire.

Grand reporter pour Associated Press, il égraine ses souvenirs en suivant le chemin d’Ibn Battuta, explorateur et voyageur musulman marocain, qui a lui aussi traversé la zone MENA au XIVe siècle.

Le journaliste revient d’abord sur le terme « Oumma », issu de « Oum » la mère. Cette « mère patrie » qui va au delà des frontières d’un seul pays et rassemble des personnes partageant la même langue, la même religion, la même culture et un sentiment de solidarité que l’on retrouve parfois dans l’expression « frères arabes » que certains emploient.

Toutefois, la situation sur le terrain peut être bien différente que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre d’une frontière, que l’on appartienne à une tribu, une ethnie ou un groupe comme au Darfour où au Tchad où Alfred de Montesquiou pointe du doigt les problèmes tribaux liés à la géographie, aux ethnies et principalement à la couleur de peau.

Les tensions entre voisins peuvent être légion. Il n’omet pas de nous le rappeler.

oumma-grand-reporter-moyen-orient-1280119-616x380

En partageant les rencontres consignées dans ses carnets de notes, un dignitaire marocain, Kadhafi en pleine méditation qui ne lui dira que trois mots, un jeune algérien débrouillard, une vieille mère de famille qui a vécu plusieurs guerres au Liban, un jeune photographe français décédé depuis, un vieux cheikh dont la famille a été décimée… c’est la vie quotidiennes de populations de l’ensemble de la zone que le journaliste tente de nous faire découvrir, mais aussi le travail des journalistes sur ce terrain, parfois difficile à appréhender.

Les combats aussi. La guérilla urbaine et les tirs de roquettes en Libye, l’organisation dans le chaos en temps d’insurrection, la montée en puissance, en Égypte, d’une pensée révolutionnaire, les manifestations qui se succèdent, l’arrivée de Facebook et son influence sur la jeunesse cairote, le rôle joué par Internet dans ces révolutions, la bureaucratie soudanaise, les passages de frontières aléatoires, une opération de déminage dans le sud du Liban… Alfred de Montesquiou compile ses sujets de reportages du début des années 2000 à nos jours.

Enfin, si l’histoire à tendance à oublier les femmes, il n’en n’est rien pour le journaliste qui rappelle, en Égypte, la difficile place qu’elles occupent au sein de la révolution. Celle d’Aliaa, par exemple, la jeune blogueuse, première égyptienne a s’être mise en scène nue en photo sur son blog avant d’être recherchée par la police et de vivre aujourd’hui cachée de tous, ou la meneuse, Engy Ghozlan, créatrice du site HarrassMap.org qui permet aux femmes de signaler et cartographier en temps réel les violences dont elles sont victimes, de l’insulte au viol, en passant par des attouchements. Une initiative qu’Alfred de Montesquiou soutient, ayant vécu en Égypte et témoin du fait que les femmes sont empêchées, en cas de problème de porter plainte, qu’il s’agisse de la réaction de la famille, de celle de l’agent de police ou tout simplement de la honte ressentie.

C’est bien écrit, vivant, se lit comme un roman d’aventures. Seule ombre au tableau le chapitre dédié au Mali. On y parle d’Algérie, de trafics, mais finalement peu des populations locales et du contexte politique et social général concernant le pays.

Problème compensé par une bibliographie sélective extrêmement riche en fin de livre qui donne envie de continuer le voyage en compagnie d’Ibn Battuta et de bien d’autres auteurs.

  • Les liens qui vont bien

La Harasmap vue de dedans l’Egypte
Internet et les révolutions l’an dernier à PSES

Egypte : viols, attouchements, exhibitionnisme, 1000 cas révélés sur la HarassMap

Plus de deux ans ont passé depuis ce jour d’avril 2011 où je vous parlais du projet HarasMap, auquel j’ai aussi contribué. C’est une super nénette, Engy Ghozlan qui a monté ce projet, toujours vivant, malheureusement toujours vivant, puisque les problèmes sont quotidiens. La carte contient aujourd’hui près de 1000 cas de violences.

L’Egypte, On s’émeut depuis ce matin du sort des violences faites aux femmes sur Tahrir suite aux chiffre sorti par Human Right Watch, sorti un peu partout dans la presse.

On s’émeut surtout parce que dans les mots « manifestation », « révolte », « revendications » nous sous-entendons « liberté », « droits », « avancées » et que ce qu’il se passe sur Tahrir depuis le début de l’insurrection ressemble à tout sauf ça.

Ce qu’il se passe sur Tahrir ressemble à ces Egyptiens qui ont mis à poil deux touristes espagnoles, en 2010 au pied des grandes et belles mosquées du Caire, un soir de Mouled, fête du prophète pour avoir commis le crime d’être des nanas occidentales dans une foule de mecs égyptiens.

Ce qu’il se passe sur Tahrir est ce que, depuis 2009 (me semble-t-il) vous est expliqué, montré sur la HarassMap. Il s’agit de cartographie interactives des violences faites aux femmes au quotidien dans les rues du Caire : viols, injures, attouchements, suivi dans la rue… tout est répertorié par les femmes elles-mêmes qui le subissent au quotidien. Une manière de s’exprimer, tout simplement, lorsque la police ne prend pas les plaintes en te disant que ta tenue vestimentaire ou ta coiffure a provoqué les violeurs. Mieux, ce sont parfois les familles qui empêchent ces femmes de porter plainte.

Ceux qui connaissent la V1 de Sete’ici, savent combien j’ai pu écrire sur le sujet de ces excités du bulbe. Combien j’ai pu parler de la situation de ces pauvres nanas egyptiennes.

Plus de deux ans ont passé depuis ce jour d’avril 2011 où je vous parlais du projet HarasMap, auquel j’ai aussi contribué. C’est une super nénette, Engy Ghozlan qui a monté ce projet, toujours vivant, malheureusement toujours vivant, puisque les problèmes sont quotidiens. La carte contient aujourd’hui près de 1000 cas de violences.

Egypte, scénario prévisible pour l’armée

Je me souviens, nous étions en 2010, les élections de 2011 se préparaient et en Egypte, que je demande à un journaliste, un rédac chef ou un élu qui serait le candidat du PND qui prendrait la place de Moubarak, on me faisait toujours la même réponse : « Le candidat de l’armée », « Celui qui fera le plus de promesses à l’armée, et qui les tiendra, sinon il a intérêt de courir vite… » Gamal ? Le fils de… « Non, lui c’est un financier, il a fait ses études à Londres. L’armée veut quelqu’un capable de lui dire de tirer sur la foule si besoin. »

Ah… Morsi et l’armée !

C’est un peu « je t’aime moi non plus » avec censure des scènes de boules depuis le début.

Momo, on en parlait déjà ici, n’est pas un fervent amateur de la démocratie, ni un amoureux de son peuple. Momo, est pourtant arrivé au pouvoir par les urnes, au grand désespoir de l’armée.

Je me souviens, nous étions en 2010, les élections de 2011 se préparaient et en Egypte, que je demande à un journaliste, un rédac chef ou un élu qui serait le candidat du PND qui prendrait la place de Moubarak, on me faisait toujours la même réponse : « Le candidat de l’armée », « Celui qui fera le plus de promesses à l’armée, et qui les tiendra, sinon il a intérêt de courir vite… » Gamal ? Le fils de… « Non, lui c’est un financier, il a fait ses études à Londres. L’armée veut quelqu’un capable de lui dire de tirer sur la foule si besoin. »

Ambiance

L’armée, on en parlait à l’époque, c’est un pays dans le pays, avec des biens immobiliers, des fermes, des employés à foison, des zones plus ou moins réservées, comme dans le Sinaï.

L’armée soufflait donc le chaud et le froid sur la politique égyptienne, le nom de Tantawi, quoique très vieux, circulait aussi à l’époque. Le tout était de savoir ce que Gamal et son président de père seraient prêts à lâcher en vue des élections.

Mais Gamal, non, ils n’en voulaient pas.

Du coup, ils se sont alliés au peuple pendant la révolution. D’abord timidement, Moubarak a senti le truc et a nommé un de leur chouchou comme ministre aux armées en se disant qu’il se les mettrait dans la poche. C’était mal connaître nos petits soldats qui n’espéraient que cette occasion pour remettre la main sur l pouvoir qu’ils avaient jadis laissé à leur pantin, le père de celui qui ne devait pas être élu.

Puis rien n’a changé

Puis les égyptiens se sont rendus aux urnes, plusieurs fois, sur Tahrir aussi, plusieurs fois. On a aussi essayé de les embrouiller pendant la période de transition que l’armée gérait.

Puis Morsi.

L’armée faisait la gueule. A vrai dire, les Islamistes n’étaient pas vraiment ceux qu’ils voulaient voir à la tête du pays.

S’en suivit une série d’échanges entre je retire des pouvoir à l’armée, je m’octroie des pouvoir supplémentaires, puis j’en redonne un peu à l’armée, parce que bon, ils commencent à gueuler, mais pas tout de suite, des fois qu’ils nous prennent le pouvoir.

Bien entendu, on censure toujours les scènes de boules, des fois que…

La réaction de l’armée n’est donc pas vraiment surprenante, prévisible, même. Elle veut aujourd’hui reprendre ces petits bouts de pouvoir qu’on lui a confisqué, quitte à relancer les gens dans les rues et que tout recommence à zéro.

La seule différence, c’est que les Egyptiens ont eu la chance de pouvoir choisir leur candidat une fois, reste à savoir, si Morsi saute, si l’armée n’aura pas la mainmise sur le choix du futur édile, et en ce cas, on repartirait comme sous Moubark.

  • Les liens qui vont bien

Sur la situation des femmes en Egypte, un film