De retour d’un long voyage

Le dernier billet date de mars 2016… Mea culpa.
C’est vrai que je n’écris plus trop ici mais plutôt ailleurs et que pas mal d’activités associatives ou professionnelles me retiennent loin du blog.

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Le rêve, une espèce en voie de disparition

J’apprends en lisant le Courrier International de cette semaine que l’écriture cursive (à la main en attaché) n’allait plus être obligatoire dans 45 états des USA d’ici à 2015.

J’apprends en lisant le Courrier International de cette semaine que l’écriture cursive (à la main en attaché) n’allait plus être obligatoire dans 45 états des USA d’ici à 2015.

L’info crée un gros débat outre-atlantique et m’a fait réfléchir à mon propre rapport à l’écriture, notamment après toutes ces années passées à l’étranger. L’écriture c’est, pour moi, une part de la culture d’un pays, quelquechose en rapport direct avec la langue et son histoire.

Quand j’apprenais l’arabe, je me souviens des grosses lettres calligraphiées à la main plus ou moins adroitement sur des lignes qui n’en finissaient pas. J’avais une écriture d’enfant, malgré mes presque 30 ans, une écriture d’enfant qui s’appliquait à bien former ses lettres, à placer le point au bon endroit, à refaire trois fois les mêmes lettres parce que suivant leur place dans le mot, elles n’ont pas la même forme, à pester sur les « sôd » et « dôd » et leur forme chelou…

Pour les sonorités aussi, l’écriture à la main aidait. L’apprentissage se faisait avec des accents qui prenaient la place des voyelles et disparaissent au fil de l’apprentissage. Et alors que ces mots ne ressemblaient à rien sur un écran, un journal ou la devanture d’un magasin, ils prenaient du sens, posés sur le papier, avec leurs accents.

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Moins exotique, l’écriture cursive, c’est aussi l’écriture en couleur, les cœurs dans la marge à 12 ans, les gros ronds sur les i en guise de point à 14, les dessins sur un coin de page parce qu’on n’a pas envie d’écouter, la grille de morpion entre deux potes qui s’en fichent, une fleur ou un soleil retrouvés au détour d’un cours quand la copine d’à côté avait déjà noirci tous ses coins de page.

Les écrans ne véhiculeront pas ces moments de vie qui participent aussi à la construction sociale du jeune.

Il faudra écrire avec une marge de tant de centimètres, parfois en couleur, avec l’interlignage qu’on nous donnera, et pas question d’avoir le choix entre lignes et petits carreaux, d’écrire en bleu ou en violet, de tracer des flèches ou des cercles pour faciliter la compréhension.

« Notre manière d’écrire a une incidence sur ce que nous écrivons »

C’est une phrase d’un des articles de Courrier International. Nous n’écrivons pas la même chose selon que nous sommes devant un écran ou une feuille de papier. Nous n’organisons pas l’espace de la feuille de la même manière. Nous aimons passer rapidement le texte en « justifié » d’un côté alors qu’on prend un malin plaisir à raturer, recommencer et écrire pas droit, mais pas droit du tout de l’autre côté.

L’inverse est aussi vrai dans mon cas. Ce que j’ai envie d’écrire va m’entraîner soit devant un écran, soit devant une feuille de papier. Et quelle feuille de papier ? Ça dépendra encore une fois de ce que j’écris.

Un bloc tout blanc pour une to do list sans cesse recommencée, un tout petit cahier pour quelques pensées déstressantes ou parfois déverser ma colère, un cahier à spirales pour le boulot, un mini bloc note qui ne quitte jamais mon sac en déplacement… Du blogage, des articles et tout ce qui peut être obligatoirement structuré sur un écran.

Une évolution naturelle ?

Tout cela me fait penser à l’arrivée de la photo numérique. Oui, j’ai bossé en labo, retourné ma cuve de négatifs Ilford HP5+ pour éviter les bulles, vérifié des centaines de fois, si ce n’est plus, le grain avant d’insoler… Oui, je suis vielle.

L’arrivée du numérique a complètement changé aussi le travail sur le terrain. Quand on prenait plusieurs photos avec une ouverture ou un temps de pose différents pour être sûrs de faire un bon cliché, quand on réfléchissait à deux fois avant de prendre une photo parce que bon, j’ai que 12 pose alors… Et puis on recherchait LA photo, alors on tournait de tous les côtés, on multipliait les angles, on créait… Alors qu’en numérique, on shoote, on regarde et si c’est correct, on ne se prend plus la tête.

En fait, l’écriture cursive, c’est comme la photo en argentique, il y a un côté imaginatif, artiste, rêveur qu’on ne trouve pas devant un écran ou dans une carte SD… Et c’est bien dommage de se dire que d’ici quelques années, on ne pourra plus sourire en tombant sur l’écriture d’une ado amoureuse au détour d’une feuille qui traîne ou sur les couleurs criardes de post-it collés ça et là pour ne rien oublier.

Aujourd’hui, nous avons le choix. Le choix entre l’écriture manuelle et l’écriture sur clavier, nous maîtrisons les deux. Supprimer l’écriture cursive reviendrait à priver les nouveaux jeunes du droit fondamental qu’est celui d’avoir le choix, à les obliger à n’utiliser que le clavier.

Nous sommes peut-être vieux, mais quand ils seront formatés, sans rêve ni dessins sur leurs écrans, nous nous souviendrons comment c’était bien, la liberté.

programme chargé

Pas trop le temps de rédiger par ici, et pour cause. PSES se prépare et je participerai à différentes conférences par équipe entre jeudi et dimanche, et la Nuit du Hack se déroule en même temps, j’y ferai une conf avec un petit camarade de jeu à 13h.

Pa mal de boulot, donc, mais c’est pour la bonne cause,sans compter les événements à venir la semaine prochaine.

Restez dans le coin, mais pas trop loin, dès que j’aurais le temps de gratter un peu, je vous parlerai d’auto-hébergement.

NetNeutrality, Surveillance, Iran, Egypte, Internet, Copyright… Les liens du dimanche #17

NetNeutrality, Surveillance, Iran, Egypte, Internet, Copyright… Les liens du dimanche #17

Welcome in your world !

Cette semaine, on défend la Neutralité du Net dans Libé et ça fait plaisir. En même temps, les écoutes se multiplient en Suisse. Surveillance, quand tu nous tiens…

Au rayon sympa, Ahmadinejad se fait tataner en Egypte par un réfugié syrien… Et ça fait un poil plaisir à voir.

L’illustration de la semaine, c’est la photo des cables sous marins de l’Internet mondial, oui, madame, à voir ici en plein écran.

 

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Internet, c’est aussi le gros débat autour du Copyright qui traîne depuis des années. La Cour Européenne des Droits de l’Homme a déclaré les procés pour violation du Copyright contraires aux Droits.

 

Non, ce n’est pas (que) la faute de Google

Les patrons de presse n’ont pas su prendre le tournant du Web, comme Nicolas le souligne aussi. Au lieu d’apporter du contenu supplémentaire à l’instar de sons ou de vidéos, ils se bornent à reproduire les articles de la version papier, ou à du copy-paste de dépêche.

Je viens e finir ce très très bon papier de Margin Call sur comment Google, petit à petit, filialise les entreprises de presse. C’est intéressant et bien pensé. Il n’a pas tort, notre Eric, que j’ai d’ailleurs eu le plaisir de croiser entre deux avions. Le président du directoire du Monde lui donne d’ailleurs raison en répondant à la dernière question de l’interview :

« Google a ouvert au passage la possibilité aux éditeurs de profiter de leurs serveurs publicitaires et de leurs outils afin d’optimiser leurs revenus publicitaires. On comprend l’intérêt de Google à faire du business avec les éditeurs de presse, mais nous sommes ici à des années-lumière du point de départ de la négociation. C’est tout le talent de Google ! »

Les patrons de presse n’ont pas su prendre le tournant du Web, comme Nicolas le souligne aussi. Au lieu d’apporter du contenu supplémentaire à l’instar de sons ou de vidéos, ils se bornent à reproduire les articles de la version papier, ou à du copy-paste de dépêche.

Face à la richesse que pouvait apporter Internet et que nous attendions tous vis-à-vis des changements positifs dans notre métier, ils ont préféré faire à leur manière de gens qui ne connaissent pas et ne se donnent pas la peine d’apprendre. De loin, ils ont décidé qu’ils n’en n’exploiteraient qu’une toute petite partie.

Alors oui, c’est vrai le Guardian qui a magnifiquement pris le virage du Web, perd beaucoup sur le papier et fonctionne à pertes. On se demande si le papier survivra bien longtemps. Ce qui est sûr, c’est que le site, lui, a encore de beaux jours et de belles expériences devant lui.

Et si on parlait de liens hypertexte ?

Horreur ! Mais vous vous rendez compte, ma bonne dame ! Les lecteurs iraient cliquer ailleurs ! Et alors ? ce n’est pas parce que du contenu intéressant et complémentaire est ailleurs que le lecteur ne viendra plus jamais chez toi, ce n’est pas parce qu’il consultera un lien que ce sera la fin du monde. Au contraire, il appréciera que tu partages ce contenu, ton lecteur. C’est un peu la base de l’Internet, le partage, non ?

Pas pour eux… On partage, mais chez nous et entre nous.

Pour les patrons de presse, non, il y a Google. Et google, plus on te clique, plus tu remontes (oui, c’est ce qu’on se dit dans un petit cerveau de patron de presse). Alors les liens hypertexte, c’est seulement vers des articles du dit média, pas d’autres… Sinon, c’est les autres qui vont remonter et…. Bravo le partage, on file de la viande froide pour agrémenter une dépêche insipide.

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J’avais déjà écrit sur cette société de l’immédiateté qui a transformé notre métier. Les gens consomment et n’attendent plus pour avoir de l’info fouillée, mise en perspective et les patrons de presse l’ont bien compris. Tellement bien, même, que les sites de médias et médias en ligne sont les seuls à ne pas avoir de grilles de salaires avec des tarifs de base syndicaux pour les plein temps ou les piges, comme en radio, télé ou presse écrite… Ce qui permet toutes les dérives, y compris l’emploi au SMIC de gens qui ne sortent jamais en reportage et se contente de copier de la dépêche toute la journée en attendant de trouver un meilleur boulot. Et ce n’est pas faute d’essayer. Mais le SNJ se fait refouler à chaque fois. Par ailleurs Acrimed pointe du doigt la précarité grandissante dans le secteur :

« en 2012, plus de 61 % des cartes accordées à des nouveaux entrants dans la profession l’ont été à des journalistes pigistes ou en CDD. »

Le voilà, le vrai fléau, les patrons de presse ont créé sur Internet, mais à défaut d’y inclure du contenu, ils se contentent de faire du remplissage. Les seuls qui s’en sortent sont ceux qui produisent réellement de l’info, Mediapart et Arrêt sur Images. Elle n’était pas plus difficile que ça à trouver, cette solution. Produire du contenu, se donner le temps d’enquêter, faire de l’info au vrai sens du terme.

Ah non, il fallait gaver les consommateurs comme des oies, et aujourd’hui, ils sont plus exigeants. Alors se détournent petit à petit, de ces médias qui n’ont de rapport à Internet que le fait d’être en ligne.

Alors courrez, courrez après le clic, des fois que vous loupiez le train du référencement. En attendant, vous coulez et vous entraînez les journalistes avec vous.

Merci à  NS Newsflash pour l'illustration CC/Flickr