Et Dieu créa l’INTERNET, Christian Huitema

Christian Huitema est ingénieur. En 1986, il rejoint l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) de Sophia Antipolis et travaille sur ce qui allait devenir Internet.

Christian Huitema est ingénieur. En 1986, il rejoint l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) de Sophia Antipolis et travaille sur ce qui allait devenir Internet.

La plupart des jeunes de 16 ans aujourd’hui, croient que l’Internet a toujours existé. Et bien non !

Alors que nous gambadions de manière pas encore très assurée jusqu’au pot et que faire nos lacets relevait encore du tour de magie, Christian Huitema, lui, participait à la création d’internet (non, pas du Ouiabe!).

Il nous décrit les premières années de la recherche télécoms et réseaux, sur ce projet et surtout les différences énormes entre les projets américains et européens.

Il nous décrit l’Europe comme un capharnaüm administratif où il fallait toujours attendre l’aval du politique ou d’un administration pour pouvoir débuter des recherches, parfois dans un sens que n’approuvaient pas les chercheurs qui auraient, au départ, voulu suivre la même ligne que leurs confrères américains.

En Europe, on préfère mettre les moyens sur un réseau centralisé, donc contrôlable, alors qu’aux USA, on préfère la décentralisation, relier les ordinateurs les uns aux autres… De ces recherches naîtront le Minitel chez nous et Arpanet, qui deviendra Internet chez eux.

« En éliminant tout point central, ils ont créé un réseau très robuste »

Au delà des deux pensées complètement opposées, on voit aussi comment ce qui allait devenir Internet était une vraie révolution à l’époque.

Plus besoin d’attendre à côté du fax pour recevoir un papier personnel, il suffisait d’ouvrir une boite mail. Plus besoin de se creuser la tête des heures, un chercheur, possiblement sur un autre continent avait forcément la réponses, alors on écrivait à un groupe… sauf que la réponse mettait parfois 24 heures à arriver, voire plus si on compte le décalage horaire, car le débit ne ressemblait pas du tout à ce que l’on a aujourd’hui.

Alors ils cherchaient, ils tatonaient.

Ce sont eux qui ont mis en place ces « routes », passant d’un ordinateur à un autre, de sauts de puce(s) en sauts de puce(s) pour atteindre un serveur, et le chemin inverse.

Puis Huitema a eu la chance, et il en parle avec humour, de faire « le français » dans un groupe de chercheurs a l’échelle internationale. Il a donc pu participer directement aux travaux initiés par les Américains mais avec des valeurs qui prennent sens encore aujourd’hui :

« L’intérêt de protéger la vie privée doit l’emporter sur les considérations du maintien de l’ordre et de la défense »

Enfin, il rappelle en conclusion qu’Internet n’est pas un média à sens unique et permet à tout un chacun d’écrire, de commenter :

« la possibilité pour chacun d’être à la fois un consommateur et une source d’info. »

[youtube]http://youtu.be/A5Ix72dJvqo[/youtube]

 

Introduction à l’auto-hébergement

S’auto-héberger, c’est aussi le fait de se réapproprier ses applications plutôt que de les confier à une entreprise (ou à une personne) tiers et de pouvoir les gérer de A à Z. C’est fournir soi-même les services qu’on va habituellement chercher chez les autres.

L’auto-hébergement, nous en parlions vite fait pendant la série des billets sur GPG, est un autre moyen, complémentaire, d’échapper à la lecture abusive de vos mails par des petites machines américaines, mais pas que.

S’auto-héberger, c’est aussi le fait de se réapproprier ses applications plutôt que de les confier à une entreprise (ou à une personne) tiers et de pouvoir les gérer de A à Z. C’est fournir soi-même les services qu’on va habituellement chercher chez les autres.

Ce n’est pas hyper facile à mettre en place pour un néophyte, mais je me dis qu’il suffit de se lancer d’où la bidouille actuelle autour du RasPi pour lequel j’ai un projet d’hébergement de flux RSS. Mon client IRC (Irssi) et mon blog sont déjà hébergés sur le serveur d’un copain, le Gordon, histoire d’assurer la transition en douceur.

D’abord, pour comprendre vraiment de quoi il s’agit, je te renvoi à cette vielle conf de Benjamin Bayart qui tient en une petite heure.

Minitel 2.0 par Benjamin Bayart from gaspard on Vimeo.

Tu te poses des questions ? Moi aussi !

Dotux s’en posait également et se disait que « ça pourrait être rigolo ». Un mélange de défi et de plaisir et depuis six ans, il repousse les limites de son savoir et de la technique : « J’ai pété des serveurs, j’ai continué… C’est toujours un cheminement. »

Un cheminement qui a commencé avec son premier salaire : « Un pote me présente Mandracke (NDLR : devenu Mandriva) comme alternative à Windows, et depuis, ça ne m’a jamais quitté. » S’en suivent quelques épisodes de découverte du Libre avant de passer à la gestion de serveurs : « On essaie, on recommence, on abandonne parfois plusieurs semaines, on recommence… »

« L’auto-hébergement, c’est un truc de riche »

Non, monsieur, pas si on en a envie de s’amuser. On peut partir d’ordinateurs de récup chinés ça et là, pourquoi pas une vieille machine à soi que l’on démonte ? Sur le site donnons.org, vous pourriez avoir des surprises, n’hésitez pas non plus à consulter les sites d’enchères où certains se débarrassent de vieilles machines à très bas prix. Du moins, s’il est question d’apprentissage, pas besoin d’investir beaucoup.

Et une fois qu’on a son vieil ordi ou son serveur, on fait quoi ? (mis à part le regarder, je veux dire…)

« Tu rencontres les gus, tu apprends à lire la doc sur le web… » Oui, mais encore ? « J’ai envi de faire ça, est-ce que ça existe pas déjà dans le Libre ? Il suffit parfois de recopier un script ! » Parfois, donc, auto-héberger des services peut donc être simple comme un copy-paste !

Et tu réponds aux copains qui te demandent pourquoi tu t’embêtes à faire ça « au départ, tu balbutie pour essayer de l’expliquer aux gens… »

3667606340_e6a7252062_n

L’auto-hébergement, ça bouffe de l’électricité, non ?

Un petit ordinateur portable recyclé qui tourne en prod, c’est 3 à 4 euros/mois tout compris : consommation de la box + 1 routeur +1 serveur. La consommation de Dotux équivaut à 3,6 K watts/heure.

Sur la liste des courses, il serait bon à terme, de rajouter un onduleur « quand on commence a avoir des services dont on a besoin H24. Autant pour un service de flux RSS ce n’est pas bien grave qu’il soit indisponible quelques heures, autant pour le DNS et le Mail cela devient critique. »

Once upon a time…

Aujourd’hui, Dotux a 2 serveurs en prod à base de matériel de récup chez lui pour du web, du mail et du dns. Son premier essai remonte à 4 ou 5ans en arrière : « J’avais un lecteur de flux NetVibes, il s’agissait de données que je considérais comme un peu persos, je n’avais pas envie passer à GoogleReader, alors j’ai monté un serveur Apache, mySQL en allant chercher des infos sur les blogs, forums… » Au final, il a fait le choix de machines qui tournent sur Ubuntu, d’un Linksys et d’un routeur avec OpenWRT.

Le Bortz émet toutefois quelques réserves dans ce billet : « Mais tout le monde n’a pas forcément la compétence, ou tout simplement le temps ou l’envie, pour gérer cette machine et ces applications. N’est-il pas temps de développer un système tout fait pour cela ? (…) un paquetage tout fait ».

En gros, créer un pack user friendly d’auto-hébergement. Les puristes diront qu’ils en ont chié et que tout le onde doit en passer par là, les plus intelligents pointeront les limites en termes de sécurité

Confort ou liberté ?

Puisque c’est bien là que ce pose tout le problème. Le conflit entre confort et liberté. On peut choisir un clicodrôme qui fonctionne sans qu’on ne comprenne comment, qui fonctionne même très bien, mais qu’en sera-t-il, dans ce cadre, de nos données ? Oui, l’auto-hébergement demande un peu (beaucoup) de temps et de l’huile de coude, mais il passe surtout par une prise de conscience que j’évoquais ici il y a plusieurs mois.

Un pack user-friendy créé par un tiers ne serait pas, justement, « backdoorable » ? Est-ce que le fait de créer son propre système d’auto-hébergement n’apprends pas, dans un même temps, à en gérer les problèmes, à administrer ce serveur ? Contrairement à l’achat d’un système tout fait.

7175882439_d668718992_n

Héberger ses mails ?

Oui, c’est quand même la finalité. Chiffrer + auto-héberger ses mails, ça peut donner qqch de bien sympa, et c’est ce à quoi j’aspire. Beaucoup plus dur, selon Dotux, que l’hébergement d’un blog ou de flux : « RSS a juste besoin de se connecter au serveur. Pour le mail, il faut connaître le DNS, le SMTP, IMAP ou du POP, savoir faire des redirections quand t’es en IPv4 et que ton serveur a une IP privée alors que ta connexion a une IP publique… Et donc de faire de la redirection DNAT »

T’as rien compris ? Moi non plus, mais j’ai envie d’apprendre. « Pour un serveur web, c’est pareil. Je ne suis pas d’accord avec ce que dit Okhin, aujourd’hui, ce n’est pas accessible à Madame Michu… » Ou alors il faut que la mère de Jean-Kévin se lance dans les mêmes lectures que moi pour acquérir quelques bases en informatique « T’est clairement plus efficace en ligne de commande ».

C’est à nous aussi, d’informer, d’en parler, de démonter que c’est jouable et faisable, y compris pour que la Mère Michu tchatte depuis son serveur en utilisant du XMPP.

Sinon, il y a aussi les bons plans, et Dotux en a un : « C’est en marge d’une conf Parinux que j’ai monté mon serveur mail, l’année dernière, lors d’un atelier. Depuis, il tourne H24 ! » Il a pu/su se débrouiller aussi parce que l’informatique est son métier et qu’il y a été formé. Vigdis, lui, progresse grâce à son engagement technique dans un FAI associatif.

Pour le grand public, il est plutôt déconseillé de se mettre à l’auto-hébergement de mails tout de suite, dixit Dotux : « Commencez donc par prendre un nom de domaine chez Gandi ou OVH, vous pouvez vous amuser avec TTRss qui ne demande pas grand chose à faire, puis apprendre les backups, comprendre le NAS, fairedes certificats SSL… »

A l’entendre, on croirait que c’est facile.
Chiche, on tente ?!

Illustration Flickr/CC/investingingold et Kodomut

  • Les liens qui vont bien

C’est quoi donc l’auto-hébergement ?
Retranscription de la conf Minitel 2.0

Internet n’existe pas

Du moins, Internet, tel que vous le concevez, n’existe pas. Le terme s’en approchant le plus est probablement « Minitel », en réalité. Ce vénérable et antique réseau était conçu pour donner l’accès à tous à des services (comme les pages jaunes, pour éviter l’exemple du Minitel rose). Et il faut reconnaître que beaucoup de gens utilisent Internet de cette façon : un moyen de se connecter à des services en ligne (réseaux sociaux, courrier électronique, météo…). Mais considérer qu’il s’agit là d’Internet est aussi incorrect que dire que ce qui existe au-delà de sa porte d’entrée est seulement un chemin vers son lieu de travail. Internet, ce n’est pas ça.

Du moins, Internet, tel que vous le concevez, n’existe pas. Le terme s’en approchant le plus est probablement « Minitel », en réalité. Ce vénérable et antique réseau était conçu pour donner l’accès à tous à des services (comme les pages jaunes, pour éviter l’exemple du Minitel rose). Et il faut reconnaître que beaucoup de gens utilisent Internet de cette façon : un moyen de se connecter à des services en ligne (réseaux sociaux, courrier électronique, météo…). Mais considérer qu’il s’agit là d’Internet est aussi incorrect que dire que ce qui existe au-delà de sa porte d’entrée est seulement un chemin vers son lieu de travail. Internet, ce n’est pas ça.

cats

 Reprenons les bases

Internet. Inter (« entre ») et network (« réseau »). Internet est un réseau de réseaux : le protocole IP existait avant Internet, et était utilisé dans certains réseaux privés, reliant un nombre définis de machines (par exemple, des réseaux universitaires). Mais, même si ces réseaux partageaient, pour certains, les protocoles qui régissent aujourd’hui Internet, ils n’étaient pas Internet, mais seulement des networks.

La différence, vous l’aurez compris, est dans le inter : Internet relie tout le monde, et est ouvert. Le terme de « web » prend toute son ampleur ici : en observant une toile d’araignée, on peut s’imaginer être un des croisements, et chercher à en joindre un autre. Si on fait un trou dans la toile, on peut toujours rejoindre l’autre, d’une autre façon. Même si on taille sauvagement dans le tas, on perdra peut-être le contact avec l’autre point (si la toile est coupée en deux), mais on aura quand même accès à tous les autres points de notre bout de la toile. C’est pourquoi on dit d’Internet qu’il a été conçu pour résister aux attaques nucléaires : on peut en casser un (gros) morceau, Internet existe toujours, et continue à fonctionner, car il n’a pas de « centre ». Seulement, et il s’agit là d’une subtilité sémantique, le web n’est pas Internet.

 toile

Le web est une application d’Internet, conçu pour diffuser des documents hypertextes. Le web, c’est ce que vous voyez en allumant votre navigateur. De la même façon que, lorsque vous lancez votre client de courrier électronique (si vous avez le bon goût de ne pas utiliser de webmail, vous utilisez les protocoles qui définissent l’e-mail, qui est également une application d’Internet. Bien que ces applications soient aujourd’hui vaguement définies, elles ne sont pas figées : il peut naître demain une application nouvelle, dédiée par exemple au commerce en ligne (qui s’appuie aujourd’hui sur le web), elle pourra être implémentée sans aucune modification du réseau : elle nécessitera le développement d’applications serveurs et clients, mais sera directement utilisable sur le réseau. On appelle ça « l’intelligence en bordure de réseau » : le réseau en lui-même est fonctionnel et solide, mais il est en soi très bête, il ne sait rien faire, car c’est une tâche qui incombe aux « nœuds » du réseau. Et chaque utilisateur du réseau, qu’il soit un machinbox prêté par son fournisseur d’accès à Internet, ou bien un serveur bien au chaud dans une salle blanche, a la responsabilité des applications d’Internet. C’est pour cela que la formulation « se connecter à Internet » est, en réalité, fausse.

On ne se connecte pas à une grosse boîte appelée Internet, mais, dès lors que l’on est sur le réseau, on devient un point d’Internet, parmi beaucoup d’autres. Car on dispose d’une adresse IP, qui est alors joignable par toutes les autres sur Internet, et, théoriquement, on peut héberger soi-même un serveur, et, pourquoi pas, publier un blog depuis son propre ordinateur. Pourquoi théoriquement ? Parce que malheureusement, tout n’est pas rose chez les acteurs du net. Vous avez récemment pu lire ici un avertissement sur les danger qui menacent Internet, comme l’ACTA qui fait parler de lui en ce moment. Ce qui est menacé, c’est la neutralité du net, valeur qui garantit justement cette possibilité que tout point de l’Internet puisse être un serveur s’il le souhaite, sans que son fournisseur puisse y dire quoi que ce soit.

Prenons l’exemple des accès mobiles, qui sont tout sauf de l’Internet. Je vous mets au défi de parvenir à héberger un serveur sur un tel accès (par exemple, via une clé 3G) accessible depuis n’importe où sur Internet. C’est tout bonnement impossible, car les opérateurs mobiles ne fournissent pas d’adresse IP publique. Au lieu de ça, ils utilisent une technique qui relie 2 réseaux : des routeurs font le lien avec un tas de terminaux (smartphones, clés 3G…) et l’Internet. Mais sans distribuer d’adresses IP publiques aux terminaux : seul le routeur est effectivement sur Internet, et celui-ci « transmet » les messages. Il est donc impossible de « parler » directement, à un terminal particulier connecté en 3G via ce routeur.

Comment réagir ?

Il existe un large panel de gens luttant pour préserver un Internet neutre et ouvert. Tout d’abord, La Quadrature du Net milite activement contre toutes ces attaques, et il est important de les soutenir. Sur un autre plan, il faut savoir qu’il existe des fournisseurs d’accès associatifs, peu connus, et garantissant un Internet libre. Y participer et y souscrire un abonnement est un acte non seulement militant, mais qui permet aussi de s’affranchir de gros fournisseurs commerciaux pour qui la neutralité du net peut être plus gênante qu’autre chose (par exemple, le FAI Orange possède un site de diffusion commerciale de musique, et aurait tout intérêt à ce que ses clients n’aillent pas écouter leur musique ailleurs. Vous voyez ce que je veux dire ?). Ce genre de FAI se crée peu à peu à échelle locale, et, s’il n’en existe pas dans votre ville, pourquoi ne pas en créer ?

Crédits photo : Icanhascheezburger.com, CC-by Laura Bassett

  • Billet publié sous licence (CC-by) – Prends, copie, colle, partage !

Ce billet était à l’origine publié sur la V1 de Sete’ici quelques mois avant l’enterrement d’ACTA. Je l’ai retrouvé il y a quelques jours et me suis dit que ce pourrait être sympa de le paster ici. Merci à Gordon de s’être prêté au jeu du blogueur invité pour nous expliquer un peu mieux comment fonctionne Internet !

Gordon est un super-héros hacktiviste, qui code le jour, et, heu… code aussi la nuit, mais avec un masque. Blogueur, il a récemment fondé un FAI associatif, NDN, et participe activement à la création et à la vie du hackerspace nantais.