Yousafzai

« Malala » on ne lit et on n’entend que ça ces derniers jours, comme « Ségolène », alors qu’on dit « Arnaud Montebourg », ou « Marine », alors qu’on dit « Julien Rochedy »… Étrange, non ?

La semaine dernière Malala Yousafzai a été nommée prix Nobel de la Paix 2014. Cette Pakistanaise, militante de droits humains engagée pour un accès à l’éducation comme vecteur d’amélioration de vie des plus pauvres et d’insertion sociale et d’émancipation pour les femmes.

« Malala » on ne lit et on n’entend que ça ces derniers jours, comme « Ségolène », alors qu’on dit « Arnaud Montebourg », ou « Marine », alors qu’on dit « Julien Rochedy »… Étrange, non ?

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Théorie du drone, Grégoire Chamayou

Avis mitigé sur le bouquin de Chamayou qui pointe pas mal de problèmes, notamment sociétaux autour de l’emploi des drones en zones de guerre (ou pas) mais tombe parfois dans la facilité.

Avis mitigé sur le bouquin de Chamayou qui pointe pas mal de problèmes, notamment sociétaux autour de l’emploi des drones en zones de guerre (ou pas) mais tombe parfois dans la facilité.

Le drone transforme la guerre, que l’on pourrait qualifier d’opposition sur un terrain donné, en chasse : un tueur poursuivant un fuyard. Le livre dresse une bonne analyse du glissement de l’anti-insurrectionnel, cantonné au champ politique et militaire vers l’anti-terrorisme basé sur le sécuritaire, avant tout. C’est donc vers un changement totalement de paradigme que la société est en train de glisser.

Capture du 2013-12-23 14:56:26

La non présence de forces militaires sur le terrain peut aussi, selon Chamayou, faire glisser l’opposition sur le terrain civil. Il présente le cas du Pakistan : si les insurgés ne voient plus les militaires, ils se retourneront contre des civils. pas faux, mais sans précédent, l’auteur ne peut que se baser sur une stratégie de la peur.

Nouvelle utilisation de cette stratégie de la peur lorsqu’il évoque les drones amateurs. L’argument sécuritaire passe en premier alors qu’il le combat tout au long du livre pour nous vendre les drones amateurs comme des appareils explosifs en puissance.

Par ailleurs, il n’évoque jamais, en vis à vis du terroriste qui se servirait de drones comme une bombe, du journaliste qui pourrait filmer des violences policières en zone de conflit ou sur des manifestations, sans risquer de se faire blesser ou tuer par un sniper.

De l’éthique

La comparaison avec le poison n’est pas anodine et elle n’est franchement pas bête. Comme le poison, le drone a une fonction d’assassinat. Peut-on s’en servir comme d’une arme de guerre ?

On sort, dans ce cas, du cadre normatif du conflit armé. On passe de l’éthique du combat à l’éthique de la mise à mort. On sort d’une relation de risques mutuels, la guerre n’est plus la guerre, elle devient une operation de police a grande échelle, selon Chamayou qui cite Walzer « Sans l’égalité du droit de tuer, la guerre disparaîtra », au profit de crimes et machinations, exécutés par les militaires.

Penser collectif

Citant l’exemple du militaire refusant de tirer sur un soldat adverse qui n’est pas en tenue de combat et non armé, Chamayou évoque l’idée de passer d’un refus pour soi à un refus collectif, au delà du corps militaire. Ce n’est pas seulement le collègue qui est invité à appuyer sur la gâchette à son tour qu’il faut toucher, mais la société.

La prise de conscience entraînant l’opposition politique, comme contre la videosurveillance, en impliquant au delà du corps d’armée.

Sur les mouvements sociaux, toutefois, il les met un peu tous dans le même sac. Lorsque le pouvoir, drone à la main, réprime des manifestations, il n’y a pas de différence entre un mouvement revendicatif sur les droits dans un pays occidental et des insurgés pakistanais qui luttent, entre autres, pour la suppression du peu de droits que peuvent avoir les femmes sur leur territoire.

Non monsieur Chamayou, tous les mouvements ne se valent pas et certains doivent être combattus.

Même erreur pour illuster la diminution de la dépendance matérielle de l’état au travail militaire et donc se dépendance sociale aux corps qui constituent cette force de travail. Il ajoute cet argument à la précarisation accrue de la société USA sans aucune mise en perspective avec la crise ou la précarisation de la vie des gens dans le reste du monde. Le problème n’étant pas seulement américain et donc pas lié seulement à l’arrivée de ces technologies dans l’armée.

Avis mitigé, donc, si Chamayou ne tombait pas de temps à autre dans la facilité, en mode « les drones c’est mal », ou les élans sécuritaires, je serais assez convaincue. Enfin, il permet de rappeler que la technologie n’est pas invincible. La décrire en mythe c’est poser les premières pierres d’un comportement passif face à sa mise en place.

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Sur le même sujet, qui a peur du grand méchant drone

 

Au cœur de l’antiterrorisme, Marc Trévidic

Son nom vous dit forcément quelque chose. Vous l’avez vu passer, entendu, au sujet du dossier Karachi, des moines de Thibérine ou en rapport avec le 11 septembre. C’est aussi un de ces juges qui a mené le combat, en tant que président de l’association française des magistrats instructeurs, contre une réforme du temps de Sarkozy, visant à supprimer les juges d’instruction.

Son nom vous dit forcément quelque chose. Vous l’avez vu passer, entendu, au sujet du dossier Karachi, des moines de Thibérine ou en rapport avec le 11 septembre. C’est aussi un de ces juges qui a mené le combat, en tant que président de l’association française des magistrats instructeurs, contre une réforme du temps de Sarkozy, visant à supprimer les juges d’instruction.

C’est d’ailleurs le point de départ de son livre. Expliquer ce qu’est un juge d’instruction, les auditions, les enquêtes, pour faire comprendre au lecteur leur utilité dans la société. En filigrane de ce bouquin, la quête de la vérité, celle que, selon lui, le magistrat instructeur se doit de rechercher, sans prendre parti, sans se laisser aller à ses émotion, chose qui n’est pas aisée.

Il rappelle d’ailleurs sa première erreur judiciaire, dans le cadre d’une de ses première affaires. Une jeune femme violée qui accusait son frère, violent, pour qui il avait pris parti, voulant maintenir le gars en détention alors que les preuves n’étaient pas assez nombreuses. Quelques jours après, une analyse sur le fœtus avorté de la nana, le frère sera sorti d’affaire, l’enfant, preuve du viol, n’étant pas de lui.

Capture du 2013-10-17 17:08:48

C’est aussi la société dans laquelle nous vivons qu’il nous envoie en pleine face. Celle qui juge sans preuve le bagagiste de Roissy à la Une des journaux, à qui il ira annoncer sa libération au bout d’une dizaine de jours, celle des nationalistes Corses qui se succèdent dans la maison de famille d’un des leurs alors qu’il enquête au nom de la justice française, celle de ces gamins qui s’enrôlent plus ou moins volontairement dans les troupes d’Al-Qaeda.

Marc Trévidic est spécialisé dans le terrorisme et les réseaux islamistes. C’est donc lui qui supervise les enquêtes liées à la mouvance internationale.

Il revient sur l’histoire du mouvement et sur l’accueil des Français d’origine maghrébine, accueillis au Proche-Orient pour être formés dans des camps. Il est question d’endoctrinement, de contacts, de réseaux, mais aussi de la folie, en termes de communication, qui a entouré Al-Qaeda et Ben Laden.

Il raconte comment les plus faibles sont approchés, accrochés, serait peut être plus juste, via Internet, entre prédications et vidéos. Il est question du travail des services de la DGSE et de la DCRI, sans jamais trop en dire, bien entnendu.

Ses histoires et analyses se lisent presque comme des nouvelles. Il écrit bien. On est mal à l’aise à la fin du chapitre concernant cette étudiante qui finira par tomber amoureuse d’un terroriste emprisonné suite à de nombreuses visites, on sera tout aussi incrédule que lui face au bagagiste libéré suite à une erreur, on s’interroge, tout autant que lui, sur les raisons de la radicalisation de certains.