Petit retour du CCC

Le Chaos communication congress, rassemblement de hackers en Europe fête cette année ses 30 ans. Une édition anniversaire qui survient dans un contexte brulant : Snowden, Wikileaks.

Le Chaos communication congress, rassemblement de hackers en Europe fête cette année ses 30 ans. Une édition anniversaire qui survient dans un contexte brulant : Snowden, Wikileaks.

Conséquence, beaucoup de conférence ont porté sur la surveillance des données. En question aussi, la sécurité de nos smartphones, véritables ordinateurs embarqués, plutôt vulnérables. Mon reportage à Hambourg lors du Congress pour France Inter.

De la lecture !

« Si la neutralité du net est un sujet qui préoccupe tous les acteurs du Web depuis de nombreuses années, les choses semblent s’accélérer ces derniers mois. Entre le jugement de la Cour d’appel aux USA favorable à Verizon, les pratiques des opérateurs et plus spécialement d’Orange en France, l’offre de RED de SFR qui propose YouTube en illimité et la réglementation qui avance lentement… tout semble nous diriger vers la fin d’un concept qui fait pourtant d’Internet ce qu’il est aujourd’hui. »

Un très bon boulot bien pédago de PC Impact qui imagine 2017 si on s’en prend à la Neutralité du Net. A lire très très vite !

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« Si la neutralité du net est un sujet qui préoccupe tous les acteurs du Web depuis de nombreuses années, les choses semblent s’accélérer ces derniers mois. Entre le jugement de la Cour d’appel aux USA favorable à Verizon, les pratiques des opérateurs et plus spécialement d’Orange en France, l’offre de RED de SFR qui propose YouTube en illimité et la réglementation qui avance lentement… tout semble nous diriger vers la fin d’un concept qui fait pourtant d’Internet ce qu’il est aujourd’hui. »

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Théorie du drone, Grégoire Chamayou

Avis mitigé sur le bouquin de Chamayou qui pointe pas mal de problèmes, notamment sociétaux autour de l’emploi des drones en zones de guerre (ou pas) mais tombe parfois dans la facilité.

Avis mitigé sur le bouquin de Chamayou qui pointe pas mal de problèmes, notamment sociétaux autour de l’emploi des drones en zones de guerre (ou pas) mais tombe parfois dans la facilité.

Le drone transforme la guerre, que l’on pourrait qualifier d’opposition sur un terrain donné, en chasse : un tueur poursuivant un fuyard. Le livre dresse une bonne analyse du glissement de l’anti-insurrectionnel, cantonné au champ politique et militaire vers l’anti-terrorisme basé sur le sécuritaire, avant tout. C’est donc vers un changement totalement de paradigme que la société est en train de glisser.

Capture du 2013-12-23 14:56:26

La non présence de forces militaires sur le terrain peut aussi, selon Chamayou, faire glisser l’opposition sur le terrain civil. Il présente le cas du Pakistan : si les insurgés ne voient plus les militaires, ils se retourneront contre des civils. pas faux, mais sans précédent, l’auteur ne peut que se baser sur une stratégie de la peur.

Nouvelle utilisation de cette stratégie de la peur lorsqu’il évoque les drones amateurs. L’argument sécuritaire passe en premier alors qu’il le combat tout au long du livre pour nous vendre les drones amateurs comme des appareils explosifs en puissance.

Par ailleurs, il n’évoque jamais, en vis à vis du terroriste qui se servirait de drones comme une bombe, du journaliste qui pourrait filmer des violences policières en zone de conflit ou sur des manifestations, sans risquer de se faire blesser ou tuer par un sniper.

De l’éthique

La comparaison avec le poison n’est pas anodine et elle n’est franchement pas bête. Comme le poison, le drone a une fonction d’assassinat. Peut-on s’en servir comme d’une arme de guerre ?

On sort, dans ce cas, du cadre normatif du conflit armé. On passe de l’éthique du combat à l’éthique de la mise à mort. On sort d’une relation de risques mutuels, la guerre n’est plus la guerre, elle devient une operation de police a grande échelle, selon Chamayou qui cite Walzer « Sans l’égalité du droit de tuer, la guerre disparaîtra », au profit de crimes et machinations, exécutés par les militaires.

Penser collectif

Citant l’exemple du militaire refusant de tirer sur un soldat adverse qui n’est pas en tenue de combat et non armé, Chamayou évoque l’idée de passer d’un refus pour soi à un refus collectif, au delà du corps militaire. Ce n’est pas seulement le collègue qui est invité à appuyer sur la gâchette à son tour qu’il faut toucher, mais la société.

La prise de conscience entraînant l’opposition politique, comme contre la videosurveillance, en impliquant au delà du corps d’armée.

Sur les mouvements sociaux, toutefois, il les met un peu tous dans le même sac. Lorsque le pouvoir, drone à la main, réprime des manifestations, il n’y a pas de différence entre un mouvement revendicatif sur les droits dans un pays occidental et des insurgés pakistanais qui luttent, entre autres, pour la suppression du peu de droits que peuvent avoir les femmes sur leur territoire.

Non monsieur Chamayou, tous les mouvements ne se valent pas et certains doivent être combattus.

Même erreur pour illuster la diminution de la dépendance matérielle de l’état au travail militaire et donc se dépendance sociale aux corps qui constituent cette force de travail. Il ajoute cet argument à la précarisation accrue de la société USA sans aucune mise en perspective avec la crise ou la précarisation de la vie des gens dans le reste du monde. Le problème n’étant pas seulement américain et donc pas lié seulement à l’arrivée de ces technologies dans l’armée.

Avis mitigé, donc, si Chamayou ne tombait pas de temps à autre dans la facilité, en mode « les drones c’est mal », ou les élans sécuritaires, je serais assez convaincue. Enfin, il permet de rappeler que la technologie n’est pas invincible. La décrire en mythe c’est poser les premières pierres d’un comportement passif face à sa mise en place.

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Sur le même sujet, qui a peur du grand méchant drone

 

L’Europe repart à la conquête du droit d’auteur

Voilà maintenant trois fois en trois ans que nos édiles statuent sur le sujet. A croire que le rejet d’ACTA qui aurait, entre autres, empêché les ONG de soigner des gens en grande détresse avec des médicaments génériques puisque contrefaits, ne leur a pas suffit.

Et hop, c’est reparti ! La Commission Européenne lance une nouvelle consultation sur le droit d’auteur, cette fois-ci dans le marché intérieur.

Voilà maintenant trois fois en trois ans que nos édiles statuent sur le sujet. A croire que le rejet d’ACTA qui aurait, entre autres, empêché les ONG de soigner des gens en grande détresse avec des médicaments génériques puisque contrefaits, ne leur a pas suffit.

Quid du partage de la culture ?

A lire sur le site de La Quadrature du Net.

Jacob Appelbaum explique le système de surveillance au Parlement européen

En ces temps de LPM, il est judicieux de revenir aux fondamentaux. Jacob Apelbaum, un des créateurs de Tor, mais pas que,  expliquait au mois de septembre ce qu’est réellement la surveillance en ligne et comment s’en protéger.


Le hacker Jacob Appelbaum explique le système… par musashizd

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Menaces sur nos libertés, comment Internet nous espionne
Armée française, la 7e compagnie sur Internet

La 7e compagnie sur Internet

Le hors série n°32 de la revue DSI, traite de cybermachins. J’aime beaucoup quand les militaires et chercheurs traitent de cybermachins. Ce hors série est publié sous le doux titre « Au cœur de la cyberdéfense ».

Déjà, le titre, ça fait rêver d’immersion avec des cyberdéfenseurs dans les tubes, au plus près de la cybermenace qui cyberdéfendent les cyberassaillants. J’hésite à m’équiper d’un casque, d’un cybergillet pare-balles… des fois que.

Le hors série n°32 de la revue DSI, traite de cybermachins. J’aime beaucoup quand les militaires et chercheurs traitent de cybermachins. Ce hors série est publié sous le doux titre « Au cœur de la cyberdéfense ».

Déjà, le titre, ça fait rêver d’immersion avec des cyberdéfenseurs dans les tubes, au plus près de la cybermenace qui cyberdéfendent les cyberassaillants. J’hésite à m’équiper d’un casque, d’un cybergillet pare-balles… des fois que.

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Et bien non, oui, on parle de machines, un peu tout le monde confond « Internet » et « le Web », ce qui est plutôt cyberdérangeant pour des personnes présentées comme des spécialistes de la question.

J’ai aussi adoré les termes, tournés à la sauce cyber. Se rendent-ils compte que ce qu’ils appellent la « cybercriminalité » n’est rien d’autre que de la criminalité, toute basique ?

Ils parlent de « cyberguerre », définie un peu plus loin : « sabotages, espionage, complots… » qu’ils situent sur un autre territoire, le « territoire cyber »… Alors qu’il s’agit juste de faire la guerre, tout simplement, pas sur un autre territoire, mais avec d’autres moyens. Quand Stuxnet fait tourner des turbines iraniennes, il s’agit avant tout de gens, qui tapent avec leur petits doigts boudinés sur le clavier pour coder un programme qui va nous secouer des centrifugeuses et provoquer une réaction étonnée « mais que ce passe-t-il ? » chez des chercheurs moustachus qui s’apprêtaient à aller déjeuner. Je t’invite d’ailleurs à aller lire Cybermachin, histoire de mots, chez le Gof, qui rappelle l’historique de l’apparition de ce terme, la peur, son usage actuel.

Le cybertop du top, c’est quand même lorsqu’un des auteurs, dont je ne cyberciterai pas le nom, s’interroge sur la création d’un « espace national sur Internet ». On touche au cybergénie. Doit-on se cyberfatiguer à lui rappeler ce qu’est Internet et comment cela fonctionne ?

On ferme la revue en pensant à ces cyberennemis qui auraient envie de cyberattaquer avec leur cyberarme. Ne seraient-ils pas juste des ennemis voulant attaquer mais qui, au lieu de faire travailler leurs ingénieurs sur la fabrication d’hélicoptères, les font bosser sur des programmes informatiques ?

Je dois avouer que j’ai souvent pensé à la mission 404 en lisant cette revue, enjoy !

La neutralité de l’Internet, un enjeu de communication

Ce bouquin de chercheurs, sorti en 2011, fait le tour des enjeux liés à la neutralité du Net et dresse un bilan des situations par pays et régions du monde. Il montre aussi comment les entreprises essaient tant bien que mal de mettre la main sur le réseau.

Capture du 2013-11-10 18:43:28Ce bouquin de chercheurs, sorti en 2011, fait le tour des enjeux liés à la neutralité du Net et dresse un bilan des situations par pays et régions du monde. Il montre aussi comment les entreprises essaient tant bien que mal de mettre la main sur le réseau.

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Le Manuel de recrutement d’Al-Qaida

Avis mitigé sur ce bouquin rédigé par deux chercheurs, Mathieu Guidere et Nicole Morgan. Il comporte de bons extraits du « manuel » d’endoctrinement des futurs djihadistes, ce qu’on leur vend et de quelle manière. Ces textes, que l’on peut trouver sous forme écrite ou numérique, présentent la doctrine d’Al Qaïda et participent à l’embrigadement.

Avis mitigé sur ce bouquin rédigé par deux chercheurs, Mathieu Guidere et Nicole Morgan. Il comporte de bons extraits du « manuel » d’endoctrinement des futurs djihadistes, ce qu’on leur vend et de quelle manière. Ces textes, que l’on peut trouver sous forme écrite ou numérique, présentent la doctrine d’Al Qaïda et participent à l’embrigadement.

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Latitude zéro, Mike Horn

En gros, Mike Horn se présente malheureusement toujours comme un héros. Il a un côté Chuck Norris avant Chuck Norris.

Ce mec est un malade. Sud-Africain bien né, il est devenu « aventurier explorateur » et ne cache pas ses amitiés très haut placées l’aidant à mener au mieux ses missions.

Celle qu’il raconte dans latitude zéro, est tout simplement le tour du monde en suivant l’équateur, directement, tout droit… en s’accordant tout de même une petite bande de large de chaque côté.

L’exploit est assez énorme, il brave plusieurs océans sur un petit voilier, traverse des jungles, longe des rivières en pirogue, copine avec des guérilleros colombiens et des chefs de guerre africains, le tout en un an et demi.

On reste un peu sceptique sur le fait qu’il ne lui arrive rien, qu’il rencontre toujours les bonnes personnes au bon moment et que, c’est finalement toujours grâce à sa détermination, comme le moment où il est mordu par un serpent et se soigne en buvant de l’eau et passant deux ou trois jours allongé dans son hamac…

Idem pour la sortie de test de son voilier, prévu à l’origine pour 4 personnes grand maximum, il tombe sur un bateau de clandestins mexicains en train de couler, il remplit son bateau d’un dizaine de ses personnes et attend au large que la police ne parte pour les faire débarquer libres aux USA.

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Et finalement, on ne s’interroge pas plus que ça. Il a déjà parachevé de nombreux exploits sportifs, fait partie de commandos, a écrit sur ses stages de survie dans la jungle…

En gros, Mike Horn se présente malheureusement toujours comme un héros. Il a un côté Chuck Norris avant Chuck Norris.

Pas un mot sur les périodes de doute, sur le manque de sa famille, ses enfants… et quand il tombe de son bateau en pleine mer agitée, c’est pour mieux nous raconter comment il s’est accroché à tel ou tel filet pour héroïquement reprendre les commandes, de nuit, bien entendu.

Je croyais ouvrir un bouquin qui parlerait de cheminement, physique et psychologique, façon Bouvier, par exemple. Et bien non. Aucune remise en question.

Enfin, lorsque Mike Horn traverse le continent africain, il pose un regard très dur sur les gens. Selon lui, il n’y aurait que voleurs et fous furieux armés dans les pays qu’il traverse et tient un discours assez affligent, hautain, sans essayer de comprendre ou du mois s’interroger sur la situation.

A sa décharge, il raconte toute de même comment plusieurs fois, il a rebroussé chemin pour que son équipe technique puisse le filmer en plein effort pour réaliser la vidéo du voyage ou comment ses amitiés haut placées l’ont aidé à certains moments, à se sortir de situations délicates.

A lire si vous n’avez rien d’autre sous la main… mais seulement dans ce cas-là.

Et Dieu créa l’INTERNET, Christian Huitema

Christian Huitema est ingénieur. En 1986, il rejoint l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) de Sophia Antipolis et travaille sur ce qui allait devenir Internet.

Christian Huitema est ingénieur. En 1986, il rejoint l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) de Sophia Antipolis et travaille sur ce qui allait devenir Internet.

La plupart des jeunes de 16 ans aujourd’hui, croient que l’Internet a toujours existé. Et bien non !

Alors que nous gambadions de manière pas encore très assurée jusqu’au pot et que faire nos lacets relevait encore du tour de magie, Christian Huitema, lui, participait à la création d’internet (non, pas du Ouiabe!).

Il nous décrit les premières années de la recherche télécoms et réseaux, sur ce projet et surtout les différences énormes entre les projets américains et européens.

Il nous décrit l’Europe comme un capharnaüm administratif où il fallait toujours attendre l’aval du politique ou d’un administration pour pouvoir débuter des recherches, parfois dans un sens que n’approuvaient pas les chercheurs qui auraient, au départ, voulu suivre la même ligne que leurs confrères américains.

En Europe, on préfère mettre les moyens sur un réseau centralisé, donc contrôlable, alors qu’aux USA, on préfère la décentralisation, relier les ordinateurs les uns aux autres… De ces recherches naîtront le Minitel chez nous et Arpanet, qui deviendra Internet chez eux.

« En éliminant tout point central, ils ont créé un réseau très robuste »

Au delà des deux pensées complètement opposées, on voit aussi comment ce qui allait devenir Internet était une vraie révolution à l’époque.

Plus besoin d’attendre à côté du fax pour recevoir un papier personnel, il suffisait d’ouvrir une boite mail. Plus besoin de se creuser la tête des heures, un chercheur, possiblement sur un autre continent avait forcément la réponses, alors on écrivait à un groupe… sauf que la réponse mettait parfois 24 heures à arriver, voire plus si on compte le décalage horaire, car le débit ne ressemblait pas du tout à ce que l’on a aujourd’hui.

Alors ils cherchaient, ils tatonaient.

Ce sont eux qui ont mis en place ces « routes », passant d’un ordinateur à un autre, de sauts de puce(s) en sauts de puce(s) pour atteindre un serveur, et le chemin inverse.

Puis Huitema a eu la chance, et il en parle avec humour, de faire « le français » dans un groupe de chercheurs a l’échelle internationale. Il a donc pu participer directement aux travaux initiés par les Américains mais avec des valeurs qui prennent sens encore aujourd’hui :

« L’intérêt de protéger la vie privée doit l’emporter sur les considérations du maintien de l’ordre et de la défense »

Enfin, il rappelle en conclusion qu’Internet n’est pas un média à sens unique et permet à tout un chacun d’écrire, de commenter :

« la possibilité pour chacun d’être à la fois un consommateur et une source d’info. »

[youtube]http://youtu.be/A5Ix72dJvqo[/youtube]