Azyz Amami, un démocrate en prison

Je me souviens d’Azyz ce soir-là…

Une de ces soirées à refaire le monde entre amis, rire, passer une bonne soirée autour d’un bon repas, payé par ceux qui le pouvaient. Une bonne soirée autour de quelques bières.

Je me souviens que nous avions pris le taxi ensemble pour aller chez notre ami commun. « T’as vu, comment on a gagné ? T’as vu ? »
Les élections étudiantes de 2012 étaient un succès pour les jeunes de l’UGTT. Azyz avait le sourire et moi des bières dans mon sac. C’était la période où des salafistes avaient retiré le drapeau tunisien du toit d’une université, une jeune femme qui tentait de le remettre en place avait pris des coups… la situation était tendue, les islamistes se cherchaient encore dans les facs et, à la surprise de quelques occidentaux, ce sont les jeunes communistes qui tiraient leur épingle du jeu.

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Turquie Joue-la comme ZABA

Ces derniers jours, le pouvoir turc a joué un sale jeu en matière de liberté d’expression, un coup dur sans possible retour en arrière.

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Oumma, Alfred de Montesquiou

Le journaliste revient d’abord sur le terme « Oumma », issu de « Oum » la mère. Cette « mère patrie » qui va au delà des frontières d’un seul pays et rassemble des personnes partageant la même langue, la même religion, la même culture et un sentiment de solidarité que l’on retrouve parfois dans l’expression « frères arabes » que certains emploient.

Le journaliste Alfred de Montesquiou revient, à travers souvenirs et anecdotes sur des événements d’actualité d’alors, entrés ou en phase de l’être, dans l’Histoire.

Grand reporter pour Associated Press, il égraine ses souvenirs en suivant le chemin d’Ibn Battuta, explorateur et voyageur musulman marocain, qui a lui aussi traversé la zone MENA au XIVe siècle.

Le journaliste revient d’abord sur le terme « Oumma », issu de « Oum » la mère. Cette « mère patrie » qui va au delà des frontières d’un seul pays et rassemble des personnes partageant la même langue, la même religion, la même culture et un sentiment de solidarité que l’on retrouve parfois dans l’expression « frères arabes » que certains emploient.

Toutefois, la situation sur le terrain peut être bien différente que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre d’une frontière, que l’on appartienne à une tribu, une ethnie ou un groupe comme au Darfour où au Tchad où Alfred de Montesquiou pointe du doigt les problèmes tribaux liés à la géographie, aux ethnies et principalement à la couleur de peau.

Les tensions entre voisins peuvent être légion. Il n’omet pas de nous le rappeler.

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En partageant les rencontres consignées dans ses carnets de notes, un dignitaire marocain, Kadhafi en pleine méditation qui ne lui dira que trois mots, un jeune algérien débrouillard, une vieille mère de famille qui a vécu plusieurs guerres au Liban, un jeune photographe français décédé depuis, un vieux cheikh dont la famille a été décimée… c’est la vie quotidiennes de populations de l’ensemble de la zone que le journaliste tente de nous faire découvrir, mais aussi le travail des journalistes sur ce terrain, parfois difficile à appréhender.

Les combats aussi. La guérilla urbaine et les tirs de roquettes en Libye, l’organisation dans le chaos en temps d’insurrection, la montée en puissance, en Égypte, d’une pensée révolutionnaire, les manifestations qui se succèdent, l’arrivée de Facebook et son influence sur la jeunesse cairote, le rôle joué par Internet dans ces révolutions, la bureaucratie soudanaise, les passages de frontières aléatoires, une opération de déminage dans le sud du Liban… Alfred de Montesquiou compile ses sujets de reportages du début des années 2000 à nos jours.

Enfin, si l’histoire à tendance à oublier les femmes, il n’en n’est rien pour le journaliste qui rappelle, en Égypte, la difficile place qu’elles occupent au sein de la révolution. Celle d’Aliaa, par exemple, la jeune blogueuse, première égyptienne a s’être mise en scène nue en photo sur son blog avant d’être recherchée par la police et de vivre aujourd’hui cachée de tous, ou la meneuse, Engy Ghozlan, créatrice du site HarrassMap.org qui permet aux femmes de signaler et cartographier en temps réel les violences dont elles sont victimes, de l’insulte au viol, en passant par des attouchements. Une initiative qu’Alfred de Montesquiou soutient, ayant vécu en Égypte et témoin du fait que les femmes sont empêchées, en cas de problème de porter plainte, qu’il s’agisse de la réaction de la famille, de celle de l’agent de police ou tout simplement de la honte ressentie.

C’est bien écrit, vivant, se lit comme un roman d’aventures. Seule ombre au tableau le chapitre dédié au Mali. On y parle d’Algérie, de trafics, mais finalement peu des populations locales et du contexte politique et social général concernant le pays.

Problème compensé par une bibliographie sélective extrêmement riche en fin de livre qui donne envie de continuer le voyage en compagnie d’Ibn Battuta et de bien d’autres auteurs.

  • Les liens qui vont bien

La Harasmap vue de dedans l’Egypte
Internet et les révolutions l’an dernier à PSES

Dédicace le 15 avril au #MDB

Save the date !

Le 15 avril prochain, soit tout bientôt, le MDB accueille une dédicace d’Il était une fois les révolutions et de Les arbres voyagent la nuit d’Aude Le Corff.

J’ai une vingtaine de bouquins qui attendent dans les startings blocs, le stylo bien affûté, ne reste plus qu’à transformer l’essai.

La dédicace sera suivie (précédée ?) d’un papotage-débat-miam-glou autour des livres. Viendez donc au Café Livres (ça ne s’invente pas), 10 rue Saint Martin.

J’en profite pour attirer votre attention sur la critique de Gof qui a lu le bouquin, de quoi se faire avec une idée.

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Dis, tonton, pourquoi tu twittes ?

C’est vrai, ça. Pourquoi tu twittes ? pourquoi je twitte ? Pourquoi nous nous interconnectons ? Pourquoi nous partageons, nous échangeons, nous clashons ? Inspirée par une chronique de Guy, j’ai posé cette question à quelques camarades de claviotage et ce qui est assez surprenant (ou pas) c’est qu’il y a autant de définition de twitter que de gens qui twittent.

C’est vrai, ça. Pourquoi tu twittes ? pourquoi je twitte ? Pourquoi nous nous interconnectons ? Pourquoi nous partageons, nous échangeons, nous clashons ? Inspirée par une chronique de Guy, j’ai posé cette question à quelques camarades de claviotage et ce qui est assez surprenant (ou pas) c’est qu’il y a autant de définition de twitter que de gens qui twittent.

valatiniC’est le matin en Asie. C’est encore la nuit profonde en France. Les canadiens vont se coucher. C’est à ce moment en fragile équilibre où je branche mon cerveau numérique sur l’actu. L’actu ce flot incessant d’informations lénifiant si on ne prend pas de temps à autre du recul. Je suis trader. L’information c’est mon métier, savoir l’exploiter, l’analyser plus vite et plus correctement que mes congénères. Encore faut il avoir la bonne info, au bon moment. Twitter est pour cela un outil merveilleux. C’est un immense terrain de jeu intellectuel. C’est par là que je suis arrivé sur Twitter.

Je lis des choses que je n’aurais jamais lu, je parle à des personnes auxquels je n’aurais jamais parlé, je m’interesse à des sujets que je n’aurais jamais envisagé, je construit des projets avec des gens géniaux à l’autre bout de la planète que je ne verrai probablement jamais. Je suis des personnages improbables que je n’aurais jamais cru pouvoir aimer. J’aime cela.

Twitter est la vie mais c’est également un théâtre On joue un rôle. Fait de courtes phrases ciselées, polissées, pleines de mauvaise foi parfois, pleine de bon sens souvent. On peut s’énerver, s’engueuler, s’émerveiller. Je disais que Twitter c’est la vie car c’est le meilleur et le pire.

Avec Twitter j’ai enfin trouvé un moyen d’étancher ma soif insatiable de connaissances, mon besoin de voir ce que font les autres en bien et en mal.

Dans Twitter il y a un petit coté voyeur (peeping Tom comme disent les anglophones) qui t’autorise a regarder par le trou de la serrure des personnes s’injurier, se draguer (je te vois) ou se planter.

 Dans Twitter il y a un coté combat d’egos. Il y a le coté malsain de la sculpture de glace qui fondra au soleil tout comme tes plus beaux traits d’esprits fondront dans les profondeurs de la ligne du temps (timeline) qui passe inexorablement. L’instantanéité est tout et n’est rien… comme Twitter.

liliaJe twitte parce j’aime échanger avec des personnes intéressantes, dire ce que je veux, chose que je faisais avec un proxy avant le 13 janvier 2011. Ce jour là, vers 8h30 du soir et après le discours de Zaba, j’arrivais à acceder pour la 1ère fois à youtube, Nawaat, tunisnews et tous les sites censurés depuis des années !

Pour quelqu’un d’habitué, cette liberté n’est pas aussi appréciée je pense, autant que nous en Tunisie.

Twitter, écrire, échanger librement, c’est jouissif 🙂 C’est la Révolution et je ne suis pas prête à céder cette liberté pour laquelle j’ai combattu depuis des années en cachette sans montrer mon visage pour que le système ne m’attrape pas 😉

Capture d’écran 2013-02-19 à 11.03.17Tout d’abord, je suis sur twitter depuis le 12 décembre 2007. Comme quelques blogueurs nous avons découvert ce réseau social, un peu par hasard et je crois qu’instinctivement nous avons pensé que celui-ci pourrait faire son nid. Pourquoi, le caractère court avec ses 140 signes, pour ma part, une façon assez stimulante de condenser sa « pensée », son discours et également un outil assez sympa de partage de liens d’informations au delà du blog.

Avec le succès de twitter et la présence de nombreux journalistes, c’est devenu un outil d’échanges et de dialogue avec celles et ceux qu’on peut croiser et qui sont ouverts à ce mode de communication plus horizontal (je pense à des journalistes comme Samuel Laurent, l’ami Guy et bien d’autres). Au court de ces années, mon approche à changer surtout avec les anciens collègues blogueurs, ce n’est plus à mes yeux un outil de déconne comme on a pu l’utiliser, même si j’ai encore ces moments, ils se font plus rares… à tort à raison, twitter est désormais un lieu d’échanges, d’infos, de contacts (aussi) et de partage.

Depuis quelques temps, j’y suis moins présent et le suis moins… mais cela me semble assez logique, la campagne de la Présidentielle est passée par là et il m’est nécessaire de prendre un peu de recul et à vrai dire il ne comble pas mon envie de remiliter de manière plus active. Mais ce RS reste pour moi un noeud essentiel dans ma veille informationnelle et technologique.

Il faut bien, au final, que je vous balance cette chronique !Twitter la prunelle de nos yeux… Dis, Guy, alors pourquoi tu twittes ?


Tunisie : Twitter, la prunelle de nos yeux par Europe1fr

Grèce, @MdM_France , Arabie Saoudite, trading, féminisme, presse,Tunisie, chats… Les liens du dimanche #18

Grèce, @MdM_France , Arabie Saoudite, trading, féminisme, presse,Tunisie, chats… Les liens du dimanche #18

Welcome in your word !

Dans ton monde, des nationalistes grecs s’en prennent aux locaux de Médecins du Monde. Quelquepart devant de gros écrans, on trade de la viande. et où on décapite deux personnes par semaine en Arabie Saoudite. En Israël, on arrête des féministes au pied du mur des lamentations.

En France, l’assemblée nationale adopte le mariage pour tous. Par contre, on va lancer un nouveau fichier, cette fois-ci, concernant les emprunteurs. Pendant ce temps, Ouest France est en pertes pour la toute première fois de son histoire… Cette fois-ci, nous en sommes sûrs, la presse va mal !

En Tunisie, l’assassinat de Chokri Belaïd était la pourriture politique de trop. Les Tunisiens descendent dans la rue, et les copains activistes appellent à la mobilisation dans une petite vidéo reprise chez Guy. Une pensée pour les copains, Aziz, Slim, Ramzy… « Vous croyez avoir tué chokri Belaid? Je suis Chokri Belaid! Je n’ai pas eu peur avant, je n’aurai pas peur maintenant. »

Le Lol de la semaine, c’est ce gus recherché depuis un bail qui se fait pincer pour son amour des chats.

La Tunisie pleure Chokri Belaïd

La Tunisie pleure Chokri Belaïd, un de ses plus fidèles opposants politiques. Sa mort pourrait être politique, c’est du moins ce que penses ses proches. C’est Reporters sans Frontières, qui, dans son communiqué, décrit le mieux cet homme que tout journaliste passé par Tunis a forcément croisé.

La Tunisie pleure Chokri Belaïd, un de ses plus fidèles opposants politiques. Sa mort pourrait être politique, c’est du moins ce que penses ses proches. C’est Reporters sans Frontières, qui, dans son communiqué, décrit le mieux cet homme que tout journaliste passé par Tunis a forcément croisé.

Homme de convictions et défenseur des droits de l’Homme, cet avocat n’a pas hésité à s’engager à maintes reprises pour défendre journalistes et blogueurs inquiétés par la justice tunisienne pour avoir usé de leur droit d’informer.

Abattu en sortant de chez lui, Chokri Belaïd aurait été, selon sa famille, assassiné par le pouvoir en place, accusation que réfute Ennahdha. Human Rights Watch et Amnesty International demandent une enquête indépendante alors que RSF demande à ce qu’un jugement arrive vite.

L’annonce de sa mort a bien entendu déclenché des manifestations partout dans le pays, comme sur cette vidéo, à SidiBouzid. Le couvre-feu a été déclaré à la va-vite et les syndicats, de leur côté, ont décrété une grève générale ce jeudi 7 février. En marge des manifestations, la police tunisienne est accusée d’avoir commis des actes de violence.

Il était une fois…

« Il était une fois les révolutions » (vous remarquerez le gros travail sur le titre) c’est mon premier livre de journaliste, mon second livre tout court, qui traite des coulisses des révolutions à travers des anecdotes, des portraits, des rendez-vous, des échanges… Qui traite aussi de reconstruction, de mentalités et des gens tout simplement, qui ont vécu, loin des caméras, le printemps arabe de 2011.

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Il est là, ll est tout petit tout joli et tout chaud sorti des presses après 666 relectures.

« Il était une fois les révolutions » (vous remarquerez le gros travail sur le titre) c’est mon premier livre de journaliste, mon second livre tout court, qui traite des coulisses des révolutions à travers des anecdotes, des portraits, des rendez-vous, des échanges… Qui traite aussi de reconstruction, de mentalités et des gens tout simplement, qui ont vécu, loin des caméras, le printemps arabe de 2011.

Vous y retrouverez aussi, entre les nouveaux textes, quelques billets de blog laissés tels quels comme la lettre à Omar, impossible de parler de la Syrie sans cela, ou retravaillés à coup de chiffres, informations supplémentaires, etc. L’idée était aussi de mettre ces textes entre les mains de gens qui ne seraient jamais allés les lire sur le Web. Plus de deux ans après, je crois toujours en l’initiative de Wasla et je la reproduis.

Tu peux aller faire un tour chez l’éditeur pour avoir plus d’infos. Le bouquin est aussi normalement disponible sur Chapitre.com, Place des libraires, Cultura, Decitre et sera sur Amazon dans 4 à 8 semaines.

Bonne lecture !

Gaza, à l’ombre des révolutions arabes

 Toujours aussi pédago, clairvoyant… Bernard Guetta revenait dans la semaine sur la situation du monde arabe, la place de la France vis à vis du bordel actuel et surtout les résultats qu’on demande aujourd’hui aux islamistes au pouvoir en Tunisie, Libye et Egypte, vers qui le monde a les yeux tournés.

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L’argent bloqué des dictatures arabes

Selon une dépêche AFP tombée dans l’après-midi, environ un milliard de francs suisses (CHF), soit 800 millions d’euros, sont bloqués en Suisse depuis les révolutions.

Un haut responsable du ministère des affaires étrangères a fait le décompte. Les banques de Genève détiendraient :

– 700 millions de CHF appartenant à l’Egypte, soit 560 millions d’euros.

– 60 millions CHF pour la Tunisie, soit 48 millions d’euros.

– 100 millions CHF, soit 80 millions d’euros pour la Libye.

– 100 millions CHF, soit 80 millions d’euros aussi, pour la Syrie.

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