La base de notre métier, plus importante que savoir écrire ou aller chercher de l’info, il en va de la sécurité de ceux qui répondent à nos questions. Je dispense une formation pendant quelques jours auprès d’un groupe de journalistes en poste qui viennent dans un cadre professionnel. Venus de plusieurs pays d’Afrique et du Maghreb, ils rapportent que parfois ce peut être une question d’arrestation, voire de meurtre de la personne en question, suivant les informations rapportées.
Des tas de moyens techniques, aujourd’hui, nous permettent de protéger aux mieux nos sources même si ça chie toujours un peu du côté des chefs.
Aussi, ce matin, je me suis quelque peu étranglée en lisant une dépêche AFP sur la Syrie :
Non seulement le nom du gars qui les rencarde est écrit en toutes lettres, des fois que quelqu’un ait le droit de massacrer sa famille en représailles ou de l’emprisonner suite à un contrôle sur un check point… Nom que j’ai masqué sur mon illustration, des fois que les sbires d’Assad qui zieutent la presse aient décidé de prendre une journée de congés pour assister aux feu-d’artifice-bombing d’une quelconque cité.
Secondo, nos braves reporters de bureau n’ont rien trouvé de mieux que de contacter ce pauvre gars via Skype dont nous savons, depuis bien longtemps, que ce logiciel est pourri de failles et sert à l’espionnage par l’Etat des gens sur le web. Comme c’était d’ailleurs le cas en Egypte avant et pendant la révolution, en Tunisie aussi. Ce qu’il y a de bien, c’est qu’avec son adresse IP, on sait déjà d’où ce gars s’est connecté sur skype, de chez lui, facile d’avoir son adresse ou d’un cyber où on donne son numéro de carte d’identité… Easy.
Donc bravo l’AFP, grâce à vous une personne, voire plusieurs, vont être dans le meilleur des cas chopées et torturées. Peut-être même que quelqu’un va mourir, à cause de toi, l’auteur de la dépêche #295785 DVBP 729 GLN20 (4) AFP (295) qui signe ser-ram/sw, qu’on peut retrouver ici, j’espère que tu en es conscient(e).
Pourtant depuis plus d’un an maintenant, des volontaires travaillent à sécuriser les réseaux et faire que l’information sorte du pays en limitant les dégâts, et ce n’est pas faute de le marteler. Chez Reporters Sans Frontières, ils savent aussi faire et leur passer un coup de fil t’aurais pris deux minutes, il t’auraient peut-être conseillé de télécharger Mumble. Mais non, tu ne l’as pas fait.
Je ne te salue pas, donc, pas envie de copiner avec toi. Mais dis-toi que ce soir, quand tu iras roupiller avec le sentiment du devoir (mal) accompli, un mec aura peut-être disparu.
Edit à 17H18
l’AFP a arrosé de twitts les copains qui ont fait tourner ce billet et ceux qui ont écrit leur propre papier sur le sujet, comm Okhin, linké un peu plus haut. Le nom du gars serait donc un pseudo. Le problème ne vient pas du fait qu’il soit cité, mais que l’intervieuw ait été faite par Skype.
Le cas échéant, si vous cherchez à former votre équipe, il y a des spécialistes très compétents que vous pouvez embaucher et si vous cherchez à envoyer sur le terrain des journalistes qui maitrîsent ce genre de technologie, ce qui devrait être normal à notre époque, nous sommes tout plein à savoir le faire.
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les journalistes sont très courageux