Je me souviens de la première fois que je suis allée en Syrie. Printemps 2010, un an avant la révolution. Je n’avais que peu de background sur la culture moyen-orientale, je venais d’arriver au Caire, quelques mois auparavant.
Les gens vous suivaient dans la rue, c’était comme ça, normal, et on s’y faisait vite. Je croyais naïvement qu’il s’agissait de quelques excités du bulbe, comme en Eypte qui s’amusaient à suivre des nanas, encore mieux lorsqu’elles étaient occidentales.
« Ne parle jamais du président… »
J’entendais cette phrases à longueur de temps. Pas ma faute si son portrait était partout ou s’il a un long cou et une tête de fouine… Puis j’aime bien, quand je suis dans un pays, parler politique avec les gens. « Mais tu es journaliste… » temporisait un allemand avec qui je voyageais à cette époque.
On en parlait chez un Turc (kurde ?) chez qui nous avions aterri tout a fait par hasard en lui demandant du feu dans les rues de Homs. Il nous avait invité à prendre le thé. Non, il n’était pas kurde et le hasard n’a pas sa place en Syrie.
Il avait un grand sourire en préparant le thé, nous posant quelques questions. Nous parlions voyages et sacs à dos, lui admirait notre manière de nous déplacer et il fut géné lorsque je posais la question du président. « Ne parle jamais du président, » lançais l’Allemand, alors que le Turc ajoutait « ça peut être dangereux… » ça va, ça va… on est en Syrie, pas chez Moubarak, mon grand.
Il était grand et maigre. Je n’avais rien compris à la situation.
Il posait beaucoup de questions… réflexe de journaliste sous Moubarak, je répondais toujours à côté. Ca, j’avais appris et assez vite.
Pour le reste…
J’avais laissé tomber le pote germanique pour prendre la direction d’Hamma avant de monter jusqu’à Alep. Un temps de merde, et c’était bien parce qu’une Péruvienne que nous avions rencontrée à Homs (the place to be ?) nous avait dit d’y passer pour voir les magnifiques norias, que j’avais fait un stop sur place. La pluie, un petit crachin, juste assez pour te rappeler que ton sac à dos est lourd et que ça ressemble au jour le moins sympa des vacances.
Puis des enfants, des qui rient, des qui ramassent des fleurs… Et me voilà mimant les norias, un moulin (on ne sait jamais…) parce qu’il faut l’avouer, je m’tais un peu perdue. Les gamins m’invitent à les suivre jusque dans une baraque.
Une petite vieille, sa fille, sa belle-fille… et les gosses partout autour.
Ouais, z’êtes sympas, les gosses, mais j’ai pas vraiment à être là…
« du thé ? du café ? »
Euh… non, mais….
Ne pas parler du président, ne pas parler du… ne…
Les voilà contentes de me recevoir, du moins à ce qu’elles disaient. Et je faisais quoi dans ma petite vie ? Prof de français c’est pas mal, ça… et pourquoi ? et où ? et pourquoi je voyageais ? et j’étais allée où en Syrie ?
Pinaise !
Je croyais juste être tombée sur une petite vieille curieuse. Sauf que là, ça commençait à faire beaucoup, non ?
Bon, ben les norias, tout ça…
Et non, je n vais pas partir de si tôt je n’ai pas fini ma tasse. Puis il pleut dehors…. « vous-êtes mariée ? »
Oui mais l’eau c’est bien, ‘est sympa, et oui je sais qu’il fait froid, mariée ? ça va pas la tête ?
Ah oui, j’oubliais qu’il m’arrive de me balader avec une bague dans les transports publics au Moyen Orient pour ne pas être embêtée… En Egypte, ça fonctionne, on ne se fait pa toucher le cul dans le bus, ce qui relève du miracle.
Alors oui, je suis mariée, peut-être… Et la vieille qui veut voir une photo. Non mais et ma petite culotte aussi ? Me voila farfouillant dans mes appareils, la première photo de moi sur laquelle je suis tombée avec un pote a été présentée comme une photo de vacances après le mariage… Le pote en question était rouquin, la loose, sur leur dossier, ils ont du écrire « mauvais goût. »
C’est ainsi que que j’ai pu m’échapper, aller voir les norias sous la pluie, me geler en remarquant qu’un bonhomme me suivait, et repartir pour Alep en fin de journée. Je n’avais rien compris aux Moukhabarats, à la Syrie… Avais-je pris le temps de m’y intéresser ? regarde-t-on si le pays où on se rend en vacances est human rights friendly avant de partir ?
On était au début de l’année 2010, bien loin du réveil Syrien de mars 2011. Cette fois-là, j’avais potassé, j’avais compris, et je savais bien que si on me suivait dans la rue, ce n’était pas parce que j’avais les cheveux détachés.
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Je viens de lire ton article pour compléter celui-ci, ça fait froid dans le dos… Quel courage, je ne sais pas si j’aurais pu en faire autant!
Des bises!