Impatriée, qu’ils disent

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Voilà un peu plus d’un an que je suis rentrée en France. Je fais ma petite vie, j’avance, je travaille, je vois mes amis, je sors, je paie mes factures et me noie sous la paperasse de notre beau pays.

La France, j’y suis née, j’y ai grandi puis… je suis partie. Avec le temps, j’ai constaté toutes les bonnes choses que ça m’a apporté, intellectuellement, humainement, culturellement, en termes d’ouverture d’esprit et ‘envie d’aventure aussi. Je n’hésite plus, je renonce peu, j’avance, je m’interroge, j’interroge aussi tout autour de moi.

Les voyages m’ont fait grandir et cette tendance à la débrouille vient aussi de là. Reste à utiliser ces acquis pour en faire de bonnes choses une fois rentrée.

En France, on trouve de la charcuterie et du bon fromage assez facilement, ce qui constitue deux très bonnes raisons pour rentrer. Pour le reste… La première phase, c’est quand tu rentres chez toi et que tu t’aperçois que t’es riches du bon milliard de choses apprises ailleurs alors que tout le monde semble avoir stagné : même vie, même amis, même boulot et même voisins de qui on se plaint. Il semble parfois que seulement trois jours se sont écoulés alors qu’il y a plus d’un an entre ton départ et ton retour.

Alors toi aussi, tu as envie de leur parler, de partager tout ce que tu as appris. On t’écoute, un peu, vite fait… et tu en as à peine raconté un peu que tout le monde est déjà reparti à ses occupations.

La fausse image du touriste

L’autre constante, quand tu vis à l’étranger, c’est que tout le monde te croit en vacances, même si tu travailles, s’ils te lisent et t’entendent à la radio, il suffit d’habiter là où il fait beau en hiver et de partir en week-ends de temps à autre, t’es foutu… Du coup, à ton retour, tout le monde a aussi cette petite interrogation « ça ne va pas être difficile de te remettre à bosser ? » euh…

L’autre constante, ce sont les transports. Ça parait tout bête mais fini le petit vélo asiatique, finis les taxis à un euro la course. Là, si tu lèves la main dans la rue, t’en auras pour entre 10 et 15 euros, Personne ne te donnera à manger ou à boire dans le bus , personne ne va te regarder ni te parler non plus alors qu’ailleurs, tu bénéficie de l’étiquette « curiosité » qui fait que les gens viennent foncièrement te parler, t’offrent du thé et des bananes et ne veulent pas que tu paies le bus. ici, chacun est fixé sur son smartphone et pas question de laisser sa place à une femme enceinte ou un vieux… Alors communiquer avec les autres…

Finalement, la rencontre et le dialogue, et par conséquent l’apprentissage, sont simples. En France, chacun reste carapaté dans son coin de bar, avec ses amis ou des gens qui lui ressemblent socialement à parler des mêmes sujets à longueur de soirée, sans voir que le monde est riche autour et que ce serait bien sympa de s’en préoccuper. Les seuls qui viendront te parler seront les lourdingues et ceux-là, ici ou ailleurs, tu n’en veux pas.

Le choc du retour

Le choc du retour, dont parle cet article du Monde qui m’a donné l’idée d’écrire ce billet, je l’ai vécu plusieurs fois, reçu en pleine face la première, à mon retour du Laos. Je quittais les rizières, mon villages, la vie douce, pour me retrouver avec des bleus à tous les coins de rue, des situations kafkaïennes, des tas de paperasses à remplir, du bruit (c’est con mais ça marque) et des REGLES à respecter.

Quand t’as vécu un an en tongs, à jouer au chef cool, à rouler au milieu des champs en vélo, et surtout sans rendre de comptes à personnes, tu as des envies de retourner à tes soupes de nouilles et à tes amis avec qui la vie est juste trop bien, sans contrainte. Combien de fois, à ce moment-là, me suis-je dit « mais qu’est-ce que je fiche ici ? » Etre entouré aide beaucoup.

Puis on passe tellement de temps à se débarrasser de ces bonnes habitudes de français, à laisser quelques bribes de sa culture dans l’avion, pour en assimiler une nouvelle… On est français, mais pas trop…. alors on fait de la fondue bourguignonne à la viande de chameau !

Puis l’Egypte est arrivée quelques mois après. Même si la surprise n’était pas vraiment agréable à la longue, elle avait le mérite d’apporter des comportements à étudier, une culture à découvrir, des modes de vie différents, une langue, des gens hauts en couleur, des sons nouveaux…

La déception

On rêve plus ou moins de ce retour, même si laisser les amis sur place est toujours déchirant. On a des envies de musées de saucisson et de chopines en terrasse… Mais le temps d’une quinzaine de jours de vacances, cela ne nous amuse plus le moins du monde. La vie est chère, les déplacements sont toujours compliqués, les gens font la gueule et il faut un contrat de travail pour se loger.

Et le temps passe alors que le compte en banque descend peu à peu. Lorsqu’on est journaliste, qu’on s’installe dans un pays où ça bouge un peu, on a assez de facilité à travailler. Là, c’est le retour des réunions sur les métiers de la gendarmerie à pôle emploi, les démarches à la Caf ou autres administrations. On se sent hyper infantilisé, surtout suivre le parcours, rentrer dans les bonnes cases à l’heure dite.

Ohai, les gens… Vous savez qu’à une époque, j’étais majeure, responsable, vaccinée, et que finalement poser les pieds sur les cases que vous m’indiquez, ça me donne l’impression d’être un pion parmi les pions, voire un enfant… et ça fait tout bizarre en fait.

Je voudrais pouvoir choisir d’élever à nouveau un cochon, de faire mon compost, de ne pas trier si j’en n’ai pas envie, que les démarches administratives se fassent plus simplement, puis que les gens se parlent, tout simplement, qu’ils échangent, qu’ils partagent, que l’échange culturel se passe alors que la France est un pays où il faut bien fermer sa pote à double tour, surtout faire mieux que le voisin, accessoirement avoir une plus grosse télé ou une plus belle voiture, dans une société, qui dans son ensemble, devient de plus en plus égoïste.

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3 commentaires sur “Impatriée, qu’ils disent

  1. Ton article sonne juste. J’avais lu cet article du Monde aussi.

    J’espère avoir l’occasion de repartir plus loin et plus longtemps – je crois qu’un an c’est définitivement trop court. Je crois aussi qu’une fois qu’on a connu cette richesse de vivre et, surtout, d’apprendre à penser le monde différemment, le retour sera toujours un peu dur.

    La richesse est de connaitre ça, de savoir que c’est possible de se re-inventer, de vivre et penser différemment ailleurs. Après, revenir, cela fait toujours du bien : ne serait-ce que pour se rapprocher à nouveau de ses racines-famille pour s’apercevoir comme on a grandi, comme cette base nous a permis d’évoluer.

    Bref, tu écris déjà tout ça très très bien. J’espère avoir cet élan pour partir à nouveau. Je sais pertinemment qu’une fois que j’aurais l’élan, le reste se fera tout seul. Comme tu dis, c’est assez triste d’évoluer toujours dans un petit monde – amis, sujet de discussion – identique et toujours assez restreint. Après, il faut la force (tout au moins pour moi) de tout laisser (notamment ami et parents) qui est loin d’être simple.

  2. Je ne saurais qu’ajouter à ton billet à part que je suis totalement d’accord avec toi. La richesse ne vient pas du porte-monnaie mais bien du partage, et ça on a trop souvent tendance à l’oublier. Il est tellement plus simple de regarder son nombril…
    Bisous ma Ju!

  3. Future impat, j’essaie de positiver. Je vais quitter un pays l’Egypte, où ça me prend 4 ou 5 heures pour aller chez le pédiatre, dont plus de trois sur la route. Et encore le pédiatre n’est pas si loin. Et puis, je vais voir celui-là et pas un autre, parce que c’est le seul qui ne me prescrive pas systématiquement des antibio pour un petit rhume. Ravie que mes enfants n’auront plus à passer 3.00 par jour dans le bus scolaire pour rejoindre leur lycée de bourgeois. Je suis contente de quitter un pays dans lequel des gens sont capables de claquer 1000 Euros pour l’annif de leur gosse hyper gâté célébré dans un club huppé avec des gens comme eux alors que la majorité de la population ne gagne pas 1000 Euros en un an. Dans cette « élite » le paraître est tellement important. Finalement, j’aimais mieux l’Egypte que javais sillonnée le sac sur le dos. Des gens plus simples, un bel accueil, un thé qui avait toujours des saveurs particulières…
    Je suis contente de quitter un pays où les gens s’en fichent des autres (voir comportement égoïste sur la route), fini le voisin qui sort téléphoner dehors (parce que ça capte mieux) à n’importe quelle heure du jour et de la nuit et qui gueulent dans son portable, fini les gens qui jettent leur détritus par la fenêtre de leur voiture (enfin presque). Je rêve de tri sélectif, de maisons isolées sans contre-façons, de transports publics décents, de circulation fluide et silencieuse. L’administration en Egypte, c’est bien tant que tu n’as pas à faire à elle, sinon, c’est kafkaien.
    Le réalité? je suis morte de frousse à l’idée de rentrer en France et de quitter un pays dans lequel j’ai vécu des choses tellement fortes…

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