L’auto-hébergement, nous en parlions vite fait pendant la série des billets sur GPG, est un autre moyen, complémentaire, d’échapper à la lecture abusive de vos mails par des petites machines américaines, mais pas que.
S’auto-héberger, c’est aussi le fait de se réapproprier ses applications plutôt que de les confier à une entreprise (ou à une personne) tiers et de pouvoir les gérer de A à Z. C’est fournir soi-même les services qu’on va habituellement chercher chez les autres.
Ce n’est pas hyper facile à mettre en place pour un néophyte, mais je me dis qu’il suffit de se lancer d’où la bidouille actuelle autour du RasPi pour lequel j’ai un projet d’hébergement de flux RSS. Mon client IRC (Irssi) et mon blog sont déjà hébergés sur le serveur d’un copain, le Gordon, histoire d’assurer la transition en douceur.
D’abord, pour comprendre vraiment de quoi il s’agit, je te renvoi à cette vielle conf de Benjamin Bayart qui tient en une petite heure.
Minitel 2.0 par Benjamin Bayart from gaspard on Vimeo.
Tu te poses des questions ? Moi aussi !
Dotux s’en posait également et se disait que « ça pourrait être rigolo ». Un mélange de défi et de plaisir et depuis six ans, il repousse les limites de son savoir et de la technique : « J’ai pété des serveurs, j’ai continué… C’est toujours un cheminement. »
Un cheminement qui a commencé avec son premier salaire : « Un pote me présente Mandracke (NDLR : devenu Mandriva) comme alternative à Windows, et depuis, ça ne m’a jamais quitté. » S’en suivent quelques épisodes de découverte du Libre avant de passer à la gestion de serveurs : « On essaie, on recommence, on abandonne parfois plusieurs semaines, on recommence… »
« L’auto-hébergement, c’est un truc de riche »
Non, monsieur, pas si on en a envie de s’amuser. On peut partir d’ordinateurs de récup chinés ça et là, pourquoi pas une vieille machine à soi que l’on démonte ? Sur le site donnons.org, vous pourriez avoir des surprises, n’hésitez pas non plus à consulter les sites d’enchères où certains se débarrassent de vieilles machines à très bas prix. Du moins, s’il est question d’apprentissage, pas besoin d’investir beaucoup.
Et une fois qu’on a son vieil ordi ou son serveur, on fait quoi ? (mis à part le regarder, je veux dire…)
« Tu rencontres les gus, tu apprends à lire la doc sur le web… » Oui, mais encore ? « J’ai envi de faire ça, est-ce que ça existe pas déjà dans le Libre ? Il suffit parfois de recopier un script ! » Parfois, donc, auto-héberger des services peut donc être simple comme un copy-paste !
Et tu réponds aux copains qui te demandent pourquoi tu t’embêtes à faire ça « au départ, tu balbutie pour essayer de l’expliquer aux gens… »
L’auto-hébergement, ça bouffe de l’électricité, non ?
Un petit ordinateur portable recyclé qui tourne en prod, c’est 3 à 4 euros/mois tout compris : consommation de la box + 1 routeur +1 serveur. La consommation de Dotux équivaut à 3,6 K watts/heure.
Sur la liste des courses, il serait bon à terme, de rajouter un onduleur « quand on commence a avoir des services dont on a besoin H24. Autant pour un service de flux RSS ce n’est pas bien grave qu’il soit indisponible quelques heures, autant pour le DNS et le Mail cela devient critique. »
Once upon a time…
Aujourd’hui, Dotux a 2 serveurs en prod à base de matériel de récup chez lui pour du web, du mail et du dns. Son premier essai remonte à 4 ou 5ans en arrière : « J’avais un lecteur de flux NetVibes, il s’agissait de données que je considérais comme un peu persos, je n’avais pas envie passer à GoogleReader, alors j’ai monté un serveur Apache, mySQL en allant chercher des infos sur les blogs, forums… » Au final, il a fait le choix de machines qui tournent sur Ubuntu, d’un Linksys et d’un routeur avec OpenWRT.
Le Bortz émet toutefois quelques réserves dans ce billet : « Mais tout le monde n’a pas forcément la compétence, ou tout simplement le temps ou l’envie, pour gérer cette machine et ces applications. N’est-il pas temps de développer un système tout fait pour cela ? (…) un paquetage tout fait ».
En gros, créer un pack user friendly d’auto-hébergement. Les puristes diront qu’ils en ont chié et que tout le onde doit en passer par là, les plus intelligents pointeront les limites en termes de sécurité…
Confort ou liberté ?
Puisque c’est bien là que ce pose tout le problème. Le conflit entre confort et liberté. On peut choisir un clicodrôme qui fonctionne sans qu’on ne comprenne comment, qui fonctionne même très bien, mais qu’en sera-t-il, dans ce cadre, de nos données ? Oui, l’auto-hébergement demande un peu (beaucoup) de temps et de l’huile de coude, mais il passe surtout par une prise de conscience que j’évoquais ici il y a plusieurs mois.
Un pack user-friendy créé par un tiers ne serait pas, justement, « backdoorable » ? Est-ce que le fait de créer son propre système d’auto-hébergement n’apprends pas, dans un même temps, à en gérer les problèmes, à administrer ce serveur ? Contrairement à l’achat d’un système tout fait.
Héberger ses mails ?
Oui, c’est quand même la finalité. Chiffrer + auto-héberger ses mails, ça peut donner qqch de bien sympa, et c’est ce à quoi j’aspire. Beaucoup plus dur, selon Dotux, que l’hébergement d’un blog ou de flux : « RSS a juste besoin de se connecter au serveur. Pour le mail, il faut connaître le DNS, le SMTP, IMAP ou du POP, savoir faire des redirections quand t’es en IPv4 et que ton serveur a une IP privée alors que ta connexion a une IP publique… Et donc de faire de la redirection DNAT »
T’as rien compris ? Moi non plus, mais j’ai envie d’apprendre. « Pour un serveur web, c’est pareil. Je ne suis pas d’accord avec ce que dit Okhin, aujourd’hui, ce n’est pas accessible à Madame Michu… » Ou alors il faut que la mère de Jean-Kévin se lance dans les mêmes lectures que moi pour acquérir quelques bases en informatique « T’est clairement plus efficace en ligne de commande ».
C’est à nous aussi, d’informer, d’en parler, de démonter que c’est jouable et faisable, y compris pour que la Mère Michu tchatte depuis son serveur en utilisant du XMPP.
Sinon, il y a aussi les bons plans, et Dotux en a un : « C’est en marge d’une conf Parinux que j’ai monté mon serveur mail, l’année dernière, lors d’un atelier. Depuis, il tourne H24 ! » Il a pu/su se débrouiller aussi parce que l’informatique est son métier et qu’il y a été formé. Vigdis, lui, progresse grâce à son engagement technique dans un FAI associatif.
Pour le grand public, il est plutôt déconseillé de se mettre à l’auto-hébergement de mails tout de suite, dixit Dotux : « Commencez donc par prendre un nom de domaine chez Gandi ou OVH, vous pouvez vous amuser avec TTRss qui ne demande pas grand chose à faire, puis apprendre les backups, comprendre le NAS, fairedes certificats SSL… »
A l’entendre, on croirait que c’est facile.
Chiche, on tente ?!
Illustration Flickr/CC/investingingold et Kodomut
- Les liens qui vont bien
C’est quoi donc l’auto-hébergement ?
Retranscription de la conf Minitel 2.0
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Le soucis, c’est que c’est du temps. Et beaucoup n’auront, ni le temps, ni l’énergie pour ça.
Imaginons une Madame/Monsieur Michu classique avec des gosses : huit heures de boulot par jour, une moyenne aller-retour d’une heure de transport (la moyenne est plus haute je crois), les devoirs, la balade du chien si chien, manger, se doucher, 8 heures de sommeil… Faut voire si après tout ça on a encore le temps et l’énergie d’installer ses services et de vérifier de temps en temps ce que ça donne niveau sécurité.
Et surtout l’envie d’apprendre. La grande majorité des gens reste quand même intellectuellement feignasse pour ce genre de choses. Ce n’est pas qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’il y en a aussi qui refusent de faire l’effort (ce n’est pas une majorité, mais ils sont nombreux, les gens qui allument leur ordi comme ils allument leur télé en espérant être les héros de leur propre série en se connectant à Facebook).
Ça reste donc un problème complexe. Même moi ça me tente de me prendre un domaine mais j’hésite parce que je suis loin d’être une flèche en sécurité et que tôt ou tard je n’aurai probablement pas spécialement le temps de m’en occuper.
– Le temps est une fausse excuse. On a le temps pour se poser devant la télé, on a le temps pour se poser au café, on a le temps pour les choses qui font plaisir mais pas pour l’apprentissage. Après, ça passe aussi (et surtout) par une prise de conscience. J’en parlais ici http://seteici.midiblogs.com/archive/2012/03/20/une-fois-un-clicodrome-manifeste-securite-julie-gommes.html et tu le dis très bien. Certains allument leur ordi comme d’autres allument leur télé.
– Sur l’apprentissage, oui, c’est une vraie démarche. En France, on ne nous apprends pas à apprendre, à faire des recherches, à vérifier, à lire… Le système scolaire est plutôt basé sur recracher du par coeur, d’où notre retard à ce niveau.
– Je ne suis pas une fleche non plus, faut y aller petit à petit. J’ai mis un an à passer sur ubuntu, j’avance pas à pas, l’essentiel est de progresser. Et si tu es sur Paris, n’hésite pas à faire signe pour qu’on se fasse des ateliers level up ensemble 😉
Je suis à une heure de Paris 🙂 j’y travaillais.
J’ai mis un certain temps avant de tout passer au libre mais c’est vrai que c’est déjà une démarche.
Après, effectivement, la gestion du temps est une chose très subjective. Et l’énergie qu’on emploie pour apprendre aussi. (bon, je n’ai plus de télé depuis des années, ça aide ).
yapluka !
(bonne chance pour la suite !
Et si tu passes dans le coin, tu fais signe
M’ouarf…. déjà que je ne peux pas installer Linux ( toutes versions, mais pas pour les mêmes raisons) sur ma bécane haut de gamme (trop ?….)
J’ai pourtant fait mes premières armes sur UNIX autrefois, mais il y a trop longtemps. Et puis sur Slackware….
Le pire à mon avis, c’est Ubuntu. Plantage total. Pourtant j’aime bien le nom et le concept.
J’ai eu ce probleme, autrefois, avec une Ubuntu inutilisable http://seteici.midiblogs.com/archive/2012/01/31/ubuntu-m-a-tuer.html
alors je vivais sur mon dual boot… puis j’ai découvert la 12.4 LTS et aujourd’hui tout roule !